Jean Bruno Renard : RUMEURS ET LEGENDES URBAINES – Que sais je ? – P.U.F. – Paris – 1999

(Note de lecture parue dans DEES n°117 – Octobre 1999)

 

Les liens que notre discipline entretient avec l’actualité sont parfois surprenants : ainsi, on peut s’attendre à ce que nos élèves  s’imaginent que la dénomination « Légendes urbaines » désigne un  genre cinématographique (entre l’horreur et  le « gore ») alors qu’il s’agit d’un terme créé au début des années 80 par les folkloristes américains pour désigner une forme de « littérature orale » proche de la rumeur. Les légendes urbaines désignent ces histoire vraies ou fausses, crédibles ou incroyables, amusantes ou effrayantes que les hommes se racontent dans les soirées ou au bureau. Leur fonction semble assez proche des rumeurs mais elles s’en différencient formellement par le fait qu’il s’agit d’un récit élaboré censé rapporter un événement particulier ; la plus célèbre  des légendes urbaines est par exemple celle de l’auto-stoppeur fantôme (appelée également « La dame blanche »). Ces légendes urbaines nous intéressent dans la mesure où elles sont généralement porteuses d’une morale ou d’un avertissement et ont donc une fonction similaire à celle des contes ou des exempla du Moyen-Âge et font intégralement partie de la vie sociale des sociétés modernes.

Jusqu’à présent, nous avions assez peu d’ouvrages à « nous mettre sous la dent » (Les légendes urbaines de Renard et Campion-Vincent, un numéro spécial de la revue Communications intitulé « Rumeur et légendes contemporaines », quelques références dans Rumeurs- Le plus vieux media du monde  de J.N. Kapferer, par exemple). Mais ces ouvrages, s’ils nous présentaient bon nombre de légendes urbaines et un certain nombre d’analyses, ne nous disaient rien sur ce qu’est  ce nouveau champ de recherches en train de se construire. C’est chose faite ici puisque J.B. Renard consacre plusieurs chapitres à nous présenter les précurseurs dans le domaine du folklore, à décrire l’émergence (entre 1940 et 1980) puis l’institutionnalisation du champ de recherche (depuis 1980) et les liens que les légendes urbaines entretiennent avec des genres voisins (rumeurs, contes, mythes, légendes « traditionnelles »). Deux chapitres sont consacrés aux analyses interne et externe des légendes. Enfin, le dernier chapitre nous présente les grandes thématiques des légendes urbaines (la technologie, la nature, l’étranger, la violence, le surnaturel,…). Bien sûr,  nous n’avons pas à nous transformer en « spécialistes » de ces légendes (surtout qu’une partie du travail réclame des dispositions en termes d’analyse littéraire) mais, comme tout ce qui est social nous intéresse, ces récits – qui, bien souvent, traduisent des inquiétudes collectives – nous concernent. De plus, il est passionnant de voir un nouveau champ de recherche se construire. Enfin, et ce n’est pas négligeable, on peut se constituer un stock de « légendes urbaines » et de « rumeurs » dont les élèves raffolent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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