Repenser la Monnaie

Transformer les territoires, faire société

Marie Fare – Ed Charles Léopold Mayer – 2016

« Monnaies, territoires, société et transformation. Ces quatre termes forment forment le point de départ de cet ouvrage. Ce concepts demeurent en effet, dans la majorité des cas, des points aveugles de la théorie économique, tout au moins sont ils rarement pensés en interrelation » (Marie Fare – Introduction)

L’auteure, maitresse de conférence à Lyon 2, ouvre son ouvrage sur le caractère insoutenable de notre modèle de développement (marchandisation, financiarisation, destruction des communs,…) consécutif au désencastrement de l’économie. Il parait donc nécessaire d’entamer une forme de réencastrement dictée par la mobilisation des acteurs à travers la territorialisation des activités et des enjeux. Les Monnaies Sociales et Complémentaires (MSC) peuvent jouer un rôle central dans cette transformation des modalités de production et d’échange. L’auteure constate d’ailleurs un engouement inédit pour les MSC dont il existerait entre 3500 à 4500 dispositifs dans plus de 50 pays.

Ces MSC ont une histoire qu’on peut décliner en quatre générations (qui se superposent en partie) : la première est celle des LETS (et SEL) qui sont des monnaies non convertibles en monnaie nationale ; suivent les « banques de temps » ; viennent ensuite les monnaies locales convertibles en monnaies nationales. La quatrième génération apparait dans les années 2000 : ces monnaies ont pour particularité de combiner des objectifs jusque là séparés (préoccupations environnementales, consommation responsable, productions locales, …).

Le premier effet de l’adoption de MSC est que celles-ci développent des interactions entre les membres proches localement et peuvent consituter ainsi le noyau d’une solidarité et le symbole d’une appartenance commune. De plus, les MSC ont pour vocation d’activer le milieu économique local, (cette activation étant renforcée si on fait le choix d’une « monnaie fondante »). Enfin, le choix d’une MSC peut être renforcé par le recours à un système de crédit (micro-crédit). Ainsi, Par l’expérimentation de pratiques novatrices qu’elles impliquent, les MSC permettent de modifier les formes d’échange et de solidarité ainsi que les représentations sociales dominantes. Sous ces conditions, les MSC peuvent favoriser une « démarchandisation » des activités et favoriser un  dépassement de la dichotomie Etat-Marché.  Mais pour cela, il faut favoriser la mobilisation des collectivités territoriales et des banques t des Institutions financières solidaires. Le développement des MC devrait donc se faire en cohérence avec d’autres dynamiques comme le développement de l’économie sociale et solidaire, la question du temps de  travail et la mise en place d’un « revenu inconditionnel ». Il faut aussi penser aux possibilités de conversion entre MSC ou des possibilités de complémentarité monétaire, y compris entre des monnaies locales vouées aux échanges locaux et un Euro destiné au supra national.

Les MSC rappellent donc que la monnaie est un lien social et qu’elle est d’abord, et doit rester, un « commun ». Mais cela implique de changer note vision de la monnaie (et cela d’autant plus que les discours sur la monnaie ont un caractère performatif). Il faut abandonner l’idée « faisant de la monnaie bancaire et de l’unicité monétaire le principe organisationnel de nos sociétés » et il faut surtout s’éloigner de la conception traditionnelle d’une monnaie neutre, définie pas ses seules fonctions économiques et permettant de pousser la logique individualiste à son acmé.

On retrouve ainsi, et l’auteure ne s’en cache pas, les approches de Karl Polanyi.

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