Conférence sur la crise économique

Le texte sur lequel je me suis appuyé pour faire une intervention dans la petite ville de Noyers-sur-Cher auprès d'une cinquantaine de personnes qui n'avaient de formation économique (et dont certaines sont venues avec une certaine réticence).J'ai essayé d'être simple et exigeant à la fois et le public a été attentif mais plusieurs m'ont dit ensuite qu'ils avaient eu droit à une dose d'information un peu trop importante alors que j'avais essayé d'être au plus simple (et plus simple que dans le texte ci dessous). On voit la nécessité d'une formation en économie. Je n'ai pas mis les graphiques qui acommpagnaient la conférence. Et j'ai tout de même terminé sur Keynes.

CONFERENCE SUR LA CRISE - NOYERS

 I)   OU EN EST-ON ?

A)    UNE ACCUMULATION DE CRISES

1)     Crise de l'Europe

2) Crise des dettes souveraines

3) Crise financière

4) crise économique

5) Crise sociale

6) Crise économique et transformation des hiérarchies internationales.

7) Crise écologique

8)  Crise des valeurs, du mode de vie ? Du rapport à l’argent ?

6)      Crise de l’Europe : Zone monétaire optimale ?

 

B)     COMPARAISONS INTERNATIONALES / 2008-2012

1)      Un ralentissement de l’activité économique

Nous voyons combien l’année 2008 marque une rupture avec une baisse de l’activité économique (taux de croissance du PIB négatif) alors que jusqu’alors la crise qui sévit depuis 1973 était marquée par des phénomènes de ralentissement de l’activité et non de baisse (à l’exception des années 1975 et 1993 avec des baisses minimes). Avec cette baisse, on renoue avec les craintes issues de la crise de 1929.

Le rebond semble se faire en 2010-2011 mais nous restons sur le fil du rasoir.

2)      Déficits budgétaires et endettement

Les déficits budgétaires sont permanents depuis le début des années 1980 mais ils prennent une ampleur particulière en 2009-2010, conséquence des politiques de soutien de l’activité économique qui ont permis de limiter (provisoirement ?) les effets de la crise.

Ce déficit s’accompagne d’une augmentation de la dette publique (mais ce n’est pas inéluctable ; c’est un point à nuancer ultérieurement).

3)      Dette privée

Mais analyser uniquement la dette publique n’a pas de sens en soi. Ce qui compte c’est l’endettement de la Nation c'est-à-dire de l’ensemble des acteurs de l’économie : Etat, ménages, entreprises.   On voit par exemple, que si la Dette de l’Etat US était d’environ 40% du PIB en 2002, la Dette privée est de plus de 100%. Même constat pour le RU,... La situation la plus flagrante concerne l’Espagne qui a un taux d’endettement des ménages extrêmement élevé.  Avant 2008, l’Espagne connaissait un budget de l’Etat excédentaire (aujourd’hui fortement déficitaire).

4)      La situation de l’emploi

Comme on s’en doute, cela a des répercussions sur la situation de l’emploi, notamment sur le chômage des jeunes

 5)      Le niveau international

Pour la première fois depuis 1974, le commerce international connait un véritable recul sur l’année 2009. Les hiérarchies internationales sont en train de se modifier

 

C)    LES DANGERS DE LA SITUATION ACTUELLE : SOUTIEN OU RECESSION ?

Aujourd’hui, deux dangers nous guettent : l’hyper-inflation (souvenir de l’Allemagne de Weimar de 1923) mais aussi et surtout les risques de déflation beaucoup plus dangereux (typique de la crise des années 1930).

En 2008, la plupart des Etats ont réagi en soutenant l’activité économique par des augmentations de Dépense Publique et de création monétaire (notamment les USA). Cela a « sauvé » le système économique à l’époque. Il semble difficile de continuer aujourd’hui pourtant les politiques européennes d’austérité risquent surtout de nous précipiter dans une situation ressemblant à la crise des années 1930.

 DANGERS DE L’HYPER-INFLATION : 1923

Les sept phases de l’inflation allemande

 

Indice des prix

de gros

(fin de période)

Dollar en marks

(fin de période)

1. Août 1914 – novembre

1918

2.34

1.77

2 Novembre 1918 –

juillet 1919

3.39

3.59

3. Juillet 1919 – février

1920

16.85

.23.60

4. Février 1920 – mai

1921

13.08

14.83

5. Mai 1921 – juin

1922

70.30

75.62

6. Juin 1922 – juin

1923

19 385

26 202

7. Juin 1923 – novembre

1923

725 700 000

522 000 000

 

Fourgeaud note : « le grain et les autres denrées agricoles ne venaient au marché que « par à coups ». Il y a mieux : plutôt que de vendre leurs grains, leurs pommes de terre, leurs betteraves et leur lait contre des marks-papier, les fermiers préféraient les utiliser à engraisser le bétail et à nourrir les animaux… (Au Reichstag, on) proposa de confisquer le bétail nourri avec du grain panifiable » (Fourgeaud, 1926, 81).

(...) L’Allemagne hyperinflationniste, par ses excès même, nous permet de l’observer sans fard : violences sociales, violences politiques, violence antisémites se conjuguent comme autant de symptômes de la crise global du groupe et du rapport à autrui. S’il en est ainsi, c’est parce que la crise monétaire est crise de la souveraineté.

 DANGERS DE LA DEFLATION : LA CRISE DES ANNEES 1930

Dans les années trente, la dernière expérience cuisante dont se souvenaient les économistes, les experts financiers, les banquiers et les hommes politiques était celle de l'inflation. Une quinzaine d'années seulement auparavant, pendant la Première Guerre mondiale, les prix avaient doublé ; tout le monde avait réagi de façon défavorable. Et une dizaine d'années seulement plus tôt en Allemagne et en Europe de l'Est, les prix avaient perdu toute mesure et la monnaie toute valeur. (...) Il est donc tout à fait normal que les avertissements les plus écoutés à cette époque d'extrême déflation aient mis en garde contre les graves dangers de l'inflation La perception de ce danger inexistant était particulièrement aiguë dans les Banques de Réserve fédérale car c'est là que se trouvaient les piliers de la sagesse financière traditionnelle. Et elle interdisait au Système de Réserve fédérale d'apporter une aide plus efficace aux banques commerciales de plus en plus assaillies de difficultés (...).

( J.K. Galbraith : « L’argent » – Gallimard – 1976)

Une fois la déflation des prix et la contraction de production bien amorcées, d'autres forces vinrent entretenir la tendance et engendrèrent un effet cumula­tif. Comme nous l'avons déjà observé, les particuliers dégrisés et apeurés réduisaient leurs achats. Cela affec­tait les prix, la production et l'emploi de leurs fournisseurs, ce qui se répercutait à son tour sur la demande Les investisseurs dégrisés et apeurés cessaient d'inves­tir et s'accrochaient à l'argent liquide. L'épargne n'était plus ni investie ni dépensée, et cela aussi avait de répercussions. Des ouvriers perdaient leur travail et restreignaient leurs dépenses. De ce fait les prix et la production baissaient, ce qui, à nouveau, se répercutait sur les prix, la production et l'emploi. (...)( J.K. Galbraith : « L’argent » – Gallimard – 1976)

Le cas de l’Europe

L’Europe semble connaitre une crise spécifique marquée par la « crise des dettes souveraines ».

Dans un premier temps, on a mis en place un mécanisme d’aide (MESF et FESF).

Pour le moment, les solutions adoptées consistent en des politiques d’austérité (cf Grèce) mais celles-ci risquent d’aggraver la situation en réduisant la croissance.

Une autre solution consisterait à continuer à soutenir la croissance mais avec des risques d’inflation et de bulles spéculatives.

Les autres possibilités seraient d’accepter le défaut de paiement ou bien de faire en sorte que la BCE soit prêteuse en dernier ressort  et puisse monétiser la dette ; en clair, qu’elle puisse créer de la monnaie (ce serait inflationniste mais l’inflation est la meilleure manière d’alléger la dette).

II)  L’ILLUSION ACTUELLE.

Il y a dans les débats actuels une déformation de la réalité des problèmes. On se polarise sur le problème de la Dette Publique de la Grèce et de l’Europe. Or, si on revoit les données antérieures à 2008, on voit que le problème principal est un problème de Dette privée ; la dette publique, si elle existe, n’explose véritablement qu’à partir de 2008 à la suite de la crise de la Dette privée.

A)    On polarise l’attention sur la Grèce, l’Europe et la dette publique

La Grèce est le seul pays dont la crise a commencé par la dette publique. Pour tous les autres, le problème est d’abord un problème de dette privée.

Les bons élèves d’avant 2008 : Irlande, Espagne, Islande

 B)     La nécessité d’un recul historique.

Il  n’y a pas deux crises différentes mais une seule crise 2008-2012

On distingue parfois la crise européenne de 2011 de la crise mondiale de 2008. En fait il y a une seule et même crise de 2008 à 2011. Allons même plus loin, l’économiste André Orléan qui, en 1999, annonçait la possibilité d’une crise dans les années à venir indiquait que nous étions dans une seule et même grande crise depuis 1992.

« On peut même penser que nous sommes face à une grande crise qui aurait commencé il y a quatre ans au Mexique, qui s’est poursuivie en Juillet 1997 en Thaïlande, en Malaisie et au Philippines pour atteindre en Novembre la Corée, puis la Russie en Aout 1998 et le Brésil en Janvier 1999. Et l’on peut supposer que ce n’est pas fini. Les fragilités sont trop nombreuses  (...)» (André Orléan - « Le pouvoir de la finance » - 1999)

 « Le mimétisme des gérants de l’épargne collective, l’autorenforcement des dynamiques financières et la myopie des anticipations conventionnelles rendent prévisibles une correction de grande ampleur. Il serait cependant hasardeux d’en prévoir la date et l’ampleur exactes. (…) Peut-on alors imaginer une transformation en douceur qui verrait les marchés corriger progressivement leurs excès pour proportionner leurs exigences aux possibilités de l’économie réelle ? A cette question, le livre répond « non » (André Orléan - « Le pouvoir de la finance » - 1999)

Si on veut comprendre la crise actuelle, on ne peut pas rester le nez sur le guidon c'est-à-dire sur la seule crise européenne ; il faut remonter dans le temps à partir de 1984 voire 1979 ou 1971.

 

III)   UNE HISTOIRE GLOBALE DE LA CRISE

A)    DES TRENTE GLORIEUSES AUX ANNEES 80

1)      Les trente glorieuses : croissance et chômage.

Les Trente Glorieuses désignent les années allant de 1945 à 1973 ou 1975 environ durant lesquelles le taux de croissance du PIB était de l’ordre de 5% par an environ (contre 0 à 1%  aujourd’hui).

Le chômage était inférieur à 5% de la population active jusqu’à la fin des années1960

Cette période était marquée par un libéralisme fortement encadré par l’Etat (nationalisations, contrôle des prix, encadrement du crédit,...), moins ouvert sur l’extérieur qu’aujourd’hui et avec un secteur financier beaucoup moins grand

2)      Premiers craquements : Le 15 Août 1971, 1979-1980

Cette période laissera place à la crise que nous connaissons aujourd’hui. Contrairement à ce qu’on dit depuis longtemps, ce n’est pas le premier choc pétrolier de 1973 qui marque vraiment la fin de cette époque mais la fin du SMI de BW en Aout 1971. En effet, cette année là, Nixon décide que le dollar ne sera plus convertible en or (les USA n’ayant plus un stock suffisant d’or). Il s’en suivra que peu à peu les nations cesseront d’intervenir pour soutenir leur monnaie dans les cadres du système de BW et que els cours des monnaies s’établiront librement sur le s marchés. Cela marque les premiers moments de libéralisation des économies.

Les années 1970 marquent les débuts de la domination de la pensée libérale en économie. Deux élections marqueront ce mouvement : l’élection de Thatcher en 1979 et celle de Reagan en 1980. Ces deux personnalités politiques entameront des politiques de remise en cause du pouvoir syndical, de baisse des impôts et de lutte contre l’inflation par contrôle de l’émission monétaire.

3)      Le moment majeur : le Big Bang et les « 3 D »

Ce mouvement de libéralisation des marchés va s’étendre aux marchés monétaires et financiers à partir du milieu des années 1980. On parlera alors de s « 3 D » : déréglementation, décloisonnement, désintermédiation. L’objectif était de développer les différents marchés, notamment financiers (d’actions, d’obligations,...) mais aussi monétaires, de change,... de faciliter les passages d’un type de marché à un autre (décloisonnement) et de réduire la réglementation s’imposant à ces marchés. En fait, on défait tout ce qui avait été mis en place après 1945 pour éviter les problèmes qu’on avait connu en 1929.

Tout cela s’inscrit dans une extension nouvelle du libéralisme et c’est le vrai point de départ de nos ennuis.

B)     LA SUCCESSION DES CRISES DEPUIS 1987

1)      Historique + Poids des capitaux spéculatifs dans le monde

Les années 1980 et plus encore, 1990 et 2000, ont été marquées par un poids croissant des capitaux spéculatifs (qui en servent ni pour les échanges ni pour l’investissement mais pour « faire de l’argent »).

 Reinhart et Rogoff, deux économistes américains, ont fabriqué un indice composite des crises bancaires, monétaires, financières,  de défaut souverain et d’inflation pour dix-huit économies développées (pondéré par la part du pays dans le revenu mondial).

 Il est intéressant de voir que l’instabilité et la crise sont la règle et non l’exception. L’exception c’est la période 1950 -1970 où on a connu que deux épisodes de crise (1955 : guerre de Corée ?  1965 : ??)

L’instabilité qui prévalait avant 1940 revient de nos jours.

 Il s’en est suivi des mouvements de croissance mais marqués par de fortes instabilités et des séries de crises monétaires et financières.

1987 : krach boursier de wall street

1989 éclatement de la bulle japonaise (20 ans de marasme économique)

1992 crise du SME

1993 nouvelle crise du SME

1994 crise du peso

1997-98 crise de l’asie du sud est asiatique

1998 crise en Russie puis au Bresil

2001 éclatement de la bulle internet

2001 crise argentine

2007 : éclatement de la bulle immobilière – crise des subprimes

Sans compter les scandales économiques du type LTCM en 1998, Enron (2000)  ou Worldcom en 2002.

 

La crise du sud-est asiatique

Ce fut la première alerte vraiment importante annonçant la situation actuelle. La croissance des pays d’Asie du sud est fut très forte dans les années 80 et 90. La crise démarre en Thaïlande dont la monnaie, le Bath,  a été surévaluée à cause de son rattachement au dollar. Les exportations ont donc chuté et les capitaux étrangers ont fui le pays ; la Bourse a baissé de 50% en quelques mois. La crise monétaire et financière s’est ensuite étendue aux Philippines, à la Malaisie et à l’Indonésie pour toucher la Corée du Sud.

La Bulle Internet.

Le secteur Internet est en grande partie responsable de la reprise de la croissance entre 1997 et 2001. Les opportunités de nouvelles activités sont nombreuses et de nombreuses entreprises se créent (les « start-ups »). On sait que seules quelques unes d’entre elles auront un réel avenir et que la plupart disparaîtront vite (c’est le mouvement normal de tout nouveau cycle d’innovations) mais comme on ne sait pas à l’avance quelles seront les heureuses élues, les « investisseurs » parient sur toute nouvelle entreprise. Il en résulte une « bulle Internet » qui éclatera en 2001.

 

2)      Qu’est ce qu’une bulle spéculative ?

Ces crises sont généralement des « bulles spéculatives ». Il est indispensable de comprendre cette notion.

On parle de « bulle » dès lors qu’une marchandise voit son prix déconnecté de sa valeur fondamentale.

Prenons l’exemple le plus simple du marché des actions.

Une action étant un titre de propriété d’une partie d’une entreprise, un actionnaire reçoit une partie du bénéfice de cette entreprise sous forme de dividendes. En théorie, l’actionnaire est avant tout intéressa par ce dividende. Donc, si le dividende augmente , la demande d’actions augmentera entraînant une hausse du cours. La hausse du cours devra donc être proportionnelle à l’augmentation du bénéfice (ou, en cas d’anticipation, proportionnelle à l’augmentation anticipée des dividendes). Dans ce cas, le cours des actions doit refléter le niveau des bénéfices de l’entreprise.

Pourtant, il est possible qu’il y ait une déconnection de ces fondamentaux en cas de spéculation. Dans ce cas, on peut se trouver dans la situation où un individu achète une action dans le seul but de faire une plus-value ; il est possible qu’on se trouve dans une situation où le cours de l’action augmente depuis un moment et que l’individu A revende son action à un individu B qui l’achète dans le même but de faire une plus-value en la revendant à un individu C qui… Dans ce cas, le cours observé de l’action n’a plus rien à voir avec le cours qu’il devrait avoir s’il reflétait le niveau des bénéfices (ce qu’on appelle la « valeur fondamentale »). La hausse du cours se poursuivra tant que les individus ont la même stratégie spéculative (il faut remarquer qu’ils peuvent très bien adopter cette stratégie tout en sachant que les cours sont déconnectés des fondamentaux, l’important étant de revendre son action avant que le cours s’écroule). Le cours s’écroulera quand les stratégies changeront et que les individus revendront leurs actions parcequ’ils anticipent une baisse des cours : c’est l’éclatement de la bulle.

 

Cas de l’immobilier.

La valeur fondamentale de l’immobilier est déterminée par les besoins réels de logements non satisfaits ; c’est à dire par l’offre de logements et, du côté de la demande, par la croissance démographique et la multiplication du nombre de ménages liée aux divorces. La hausse de l’immobilier qui a eu lieu ente 1999 et 2007 (+ de 100%) est due à la fois à ces fondamentaux et à des pratiques de spéculation. Il est difficile de faire la part des fondamentaux et de la spéculation (bien que cette dernière semble moins forte en France que dans d’autres pays et il est donc difficile de prévoir l’importance de la chute des prix.

 La réflexivité

Les bulles sont fondées sur le principe de la « réflexivité » c’est à dire qu’on ne s’intéresse pua à la valeur « intrinsèque » de la marchandise (ou de la « valeur fondamentale ») mais à ce que els autres sont prêts à payer pour acheter une marchandise. En fait, on agit en fonction de ce que les autres semblent prêts à faire et les autres réagissent de même.

Le danger est quand ces anticipations sont convergentes : par exemple, quand chacun pense que le cours de l’action va augmenter, chacun achète et participe à la hausse du cours (prédiction créatrice)

 Les opérations à terme

Quand on est en situation de bulle, on est toujours gagnant. On a donc intérêt à acheter à tout prix. Il devient alors possible d’acheter à crédit (pourvu que le gain à venir couvre la charge de remboursement)

L’autre possibilité est de faire une « opération à terme »

Exemple : un produit dont les coûts de production sont de 7 euros (litre de vin par exemple) mais le prix de vente à venir peut être aussi bien 12 euros que 5 euros le litre. Donc il y a une possibilité de faire 5 euros de bénéfices mais le risque de faire 2 euros de perte. Si je souhait éviter une perte je signe un contrat de vente aujourd’hui à 9 euros. Je ne gagne pas autant que je pourrais mais j’élimine le risque de perte.

Mon acheteur, un arbitragiste, joue sur le risque de gain ou de perte. C’est  à la base des opérations financières. C’est donc utile mais le danger es que mon acheteur fasse lui-même une opération à terme, donc achète et vend un produit avant de l’avoir.

Ensuite, on peut faire ces opérations sur toutes sortes de produits comme des contrats d’assurance ou autres,...

3)      Modèle exemplaire de la crise : la crise dite « des subprimes »

La bulle immobilière et la crise des subprimes

Résumons à grands traits une crise bien connue. Un certain nombre de courtiers proposèrent à des ménages à faibles revenus des prêts dits « subprimes » à faible taux les premières années mais pouvant augmenter fortement par la suite. Ils convoquent en général les emprunteurs en leur rappelant que leur maison est un excellent placement puisque leur prix ne cesse d’augmenter. Ajoutons à cela la pratique des « prêts hypothécaires » qui permet d’obtenir un emprunt  non en fonction de son revenu mais en fonction de la valeur de son patrimoine ici de sa maison). On voit le cercle vicieux s’enclencher : de nouveaux emprunteurs achètent des maisons ce qui fait augmenter la demande dans l’immobilier donc augmenter les prix ; ce qui favorise les possibilités nouvelle d’emprunt,… Mais la machine se grippe à partir du moment où, face à des hausses de taux d’intérêt, les emprunteurs les plus pauvres n’arrivent pus à rembourser et sont dans l’obligation de revendre leur maison. Si ajoute à cela que les prix ont atteint de tels sommets que la demande ne suit plus, on comprend qu’on assiste à un retournement du marché où les prix de l’immobilier se mettent à baisser.

Ce qui aurait pu être une crise (socialement désastreuse) limitée à un petit secteur (celui des subprimes) va se transformer en crise financière majeure.

La titrisation

Il faut savoir qu’un titre de créance peut toujours être revendu, l’acquéreur devenant le nouveau créancier et le prix de revente dépendant de la probabilité que l’on a d’être remboursé. On comprend que les subprimes (prêts à des ménages pauvres ) sont difficilement vendables. Cependant il es possible de pratiquer une titrisation : on fabrique alors un nouveau titre à l’aide de créances déjà existantes (par exemple on vend un titre dans lequel il y a 5% de subprimes mais 15 % de prêts faits à des ménages très solvables donc des prêts surs,…). On pensait donc réduire le risque d’un non remboursement en mélangeant des titres peu sûrs à des titres sûrs. Le problème c’est qu’on a multiplié la titrisation jusqu’à ne plus savoir exactement ce qu’il y a dans tel ou tel titre. Les titres se vendaient entre acteurs financiers (et bancaires) en échange de monnaie ; ils favorisaient donc la circulation de monnaie. Mais on arrive à un stade où personne n’est plus sur des titres qu’on s’échange, la circulation monétaire est donc bloquée. Les banques n’ont plus la possibilité d’accorder des prêts et la crise s’étend dans « l’économie réelle ». Les échanges se faisant entre banques au niveau international, la crise s’étend dans l’ensemble de l’économie mondiale.

 

IV)  COMMENT EXPLIQUER CET ETAT DE CRISE ?

A)    LA CRISE EST D’ABORD UNE CRISE DE LA DETTE PRIVEE ;

Il y a une déformation du partage de la Valeur Ajoutée en faveur des très hauts revenus et des dividendes.

 

Taux de croissance du revenu entre 2004 et 2008

Les 10 % les plus riches...

+5

Les 1 % les plus riches........

+16

Les 0,1 % les plus riches......

+19

Les 0,01 % les plus riches........

+33

http://www.inegalites.fr/spip.php?article1456

 Cela  a facilité l’endettement de deux manières :

- D’une part, pour spéculer

- D’autre part, l’endettement a été une façon de maintenir la consommation avec des revenus qui stagnent.

La dette privée est grandement liée aux marchés financiers

 B)     LA POLITIQUE DE GREENSPAN A PERMIS LA SUCCESSION DE BULLES

Durant la crise de 1929, qui était une bulle, on a eu peur d’un regain possible d’inflation. On a donc mis en œuvre une politique de restriction des crédits, de hausse des taux d’intérêt et de contraction monétaire. Or on était au bord d’une situation de déflation et , par une erreur de politique économique, on a précipité l’économie dans la déflation des années 1930.

En 1987, on s’est souvenu de cette erreur et la réaction des autorités monétaires et, au premier chef d’ Alan Greenspan, a été de créer massivement de la monnaie de façon à faire chuter les taux d’intérêt et de permettre aux individus d’emprunter afin de rembourser leurs dettes. Cela a fait que, alors qu’on avait pensé que 1988 serait une année catastrophique, elle fut une excellent année en économie.

On pensait alors avoir trouvé le moyen de passer les bulles spéculatives.

Le problème est que ça a entrainé un effet pervers nommé « alea moral ».

 Les spéculateurs, jusqu’à présent, savaient qu’ils gagnaient beaucoup en jouant à la hausse des cours mais qu’ils risquaient de perdre s’ils avaient encore les titres en min quand l bulle éclate et que les cours baissent. Normalement, ça freine la spéculation mais le risque est que le système entier entre en crise. Avec la politique de Greenspan, les spéculateurs savent que si les cours baissent on leur fera  suffisamment de crédits pour pouvoir rembourser leurs emprunts. Donc, soit ils gagnent beaucoup soit ils perdent peu. On met en place les éléments pour alimenter la bulle suivante.

C’est ainsi qu’on a eu des bulles successives sur toutes les années 1990-2000.

Cela montre une chose c’est qu’on ne sait pas comment gérer l’éclatement d’une bulle. Il faudrait donc réagir au moment où la bulle se forme mais on ne sait pas déterminer le moment de formation d’une bulle.

Il faudrait donc mettre en place un système qui minimise le s formations de bulles.

Pourtant, à un moment on a essayé de casser cet alea moral en refusant de soutenir une banque en faillite. Ce fut le cas de Lehmann Brothers.

 C)    ILLUSION SUR LES MARCHES

A la base de cette crise, il y a l’idée plus ou moins avouée selon laquelle les marchés s’autorégulent ce qui est à la base du libéralisme économique.

On peut illustrer assez simplement cette idée à partir du principe des enchères. Si un bien est considéré comme très utile et donc très demandé, il y aura tendance à avoir une pénurie et une augmentation du prix auquel on vendra ce bien (c’est la demande et l’offre). Ca c’est l’idée connue de tous du rapport de l’offre et de la demande sur la fixation du prix.

L’idée à al base du libéralisme est que la hausse du prix incitera des offreurs à apparaitre sur le marché car les possibilités d’enrichissement sont importantes ; du coup, il y aura un afflux supplémentaire de biens qui fera baisser les prix de vente. Au total, on aboutira à une situation où à un certain prix toutes les offres seront écoulées et toutes les demandes seront satisfaites. C’est l’idée « d’équilibre de marché ». (Ou la « main invisible »).

Cette idée d’équilibre a une certaine réalité mais les économistes savent depuis longtemps que cela ne peut se faire qu’à la faveur d’un nombre très important de conditions favorables.

On peut certes s’imaginer que le mécanisme va à peu près fonctionner sur un marché du dimanche matin ou dans une bocante.

Il y a d’autres cas où ça ne fonctionnera pas ou très mal. Le cas de l’immobilier est à ct égard extrêmement parlant puisque  pendant des années aux USA, les prix se son trouvés surévalués de 40 ou 50%.

En fait, pour ce que ces mécanismes fonctionnent il faut une bonne connaissance des produits, une absence d’asymétrie d’informations (c’est à dire qu’il n’y ait pas d’informations cachées à l’acheteur), que les possibilités de production soient rapides et aisées (on peut déstocker ou fabriquer rapidement, ce qui n’est pas le cas de l’immobilier) et surtout qu’on puisse se passer de ce produit. Enfin, on suppose que l’individu agit rationnellement, sans « affect », ce qui est théorisé par l’idée d’homo-oeconomicus.

Dans le cas de l’immobilier presqu’aucune de ces contions n’est respectée : les biens ne sont pas homogènes, les asymétries d’informations sont nombreuses, le temps de mise en chantier est long,… ce qui explique des formations de bulles. Mais il faut ajouter à cela que l’immobilier est par excellence le bien dont on ne peut pas se passer, qui est lié à l’affect (« avoir son toit », «  le transmettre à ses enfants »,…), lié à des anticipations (« préparer sa retraite »,…),… donc le marché typiquement sujet à des cycles longs.

Cela ne veut donc pas dire que l’idée d’équilibre de marché est toujours fausse mais elle n’est pas non plus systématiquement valable.

Les économies occidentales se sont méfiées du marché après-guerre (à la suite du souvenir de 1929) et nous avons assisté au développement d’uen économie de marché fortement encadrée par l’Etat. Ce ne fut pas non plus sans effets pervers comme la rigidité bureaucratique ou l’inflation. Cela explique qu’à partir de 1974, nous avons assisté à un retournement idéologique et les positions keynésiennes qui prônaient une certaine intervention de l’Etat ont commencé à être supplantées par des perspectives libérales, d’un point de vue théorique par Milton Friedmann, sur un plan pratique par Thatcher et Reagan.

Mais le moment semble-t-il majeur a été celui de l’imposition de la théorie des « marchés efficients » de Famma qui prétend développer la même idée pour les marchés financiers. Ces marchés sont des marchés où l’on échange des actions et des obligations. La théorie économique standard dit que le cours des actions dépend des profits anticipés de l’entreprise, profits parfaitement perçus par des acteurs économiques qui sont rationnels. On suppose alors que les cours des titres intègrent toute l’information disponible sr le marché. Dans ces conditions un marché laissé libre de fonctionner devrait s’auto équilibrer.

Cela veut dire que le cours d’une action devrait correspondre à la valeur résultant de la réussite économique de l’entreprise (« valeur fondamentale »). Dans ces conditions, les cours des titres devraient correspondre à al valeur fondamentale de l’entreprise et s’il y a des écarts on revient rapidement vers cette valeur puisqu’on ne voit pas pourquoi els gens achèteraient au –dessus de la « vraie » valeur. Mais dans ces conditions, il ne peut pas y avoir de « bulle spéculative » ce qui est contraire à la réalité.

En réalité, les spéculateurs se moquent totalement de la « vraie «  valeur de l’entreprise. Ce qui els intéresse c’est combien il vont revendre leur action et on peut avoir un décrochage où chacun  va acheter en espérant revendre plus cher à quelqu’un qui achète pour revendre plus cher. Dans ces conditions les bulles peuvent apparaitre spontanément. Seules les règles empêchent plus ou moins ces apparitions de bulles.

André Orléan va plus loin puisqu’il considère que comme la valeur fondamentale dépend des bénéfices à venir elle est incalculable et on peut même dire qu’elle n’existe pas.

 CONCLUSION : LES ECONOMISTES N’ONT-ILS VRAIMENT RIEN VU VENIR ?

On s’est demandé pourquoi les économistes n’avaient rien vu venir et en fait, certains avaient vu al catastrophe venir.

La crise a donc finalement avant tout une  explication relevant de la sphère des idées. En effet, fondamentalement, nous sommes au début d’une révolution industrielle, la révolution Internet, et celle-ci devrait nous amener sur une piste de croissance économique.

La vraie crise est donc avant tout financière et est due à la base au type de théories qui a été élaborées et qui a donné lieu à ce mouvement de déréglementation.

On peut bien sûr expliquer cette situation par l’existence d’intérêts particuliers : de nombreux fonds d’investissement, avaient intérêt à ce que les marchés financiers soient plus ouverts et certains économistes ont eu aussi intérêt à participer à cela. C’est bien décrit dans le film « Inside Job ».

Mais ça ne suffit pas. Il y a eu aussi la croyance chez certains que les marchés  s’équilibraient de toutes façons, croyance qui a été largement renforcée par l’échec de la planification dans les pays de l’Est.

Mais cela ne suffit toujours pas. Pour qu’on accepte pendant trente ans un mouvement de déréglementation, il faut aussi que la population soit plus ou moins vaincue de son bien fonde. Je crois qu’il faut en revenir au début des années 1980 et à la formation des premières bulles d’après-guerre. A ce moment, les hommes n’ont plus le souvenir, autre que scolaire, des moments d’euphorie boursière et le placement boursier était devenu une mode ? Comme on « tait en situation d e bulle, chacun a été gagnant et un des effets les mieux partagés d’une bulle (ce que nous a dit Galbraith) est que le gain en bourse nous donne la satisfaction de s’enrichir mais aussi de penser que nous sommes bons en économie et que sommes intelligents. Il était alors très difficile de mettre en lumière le caractère dangereux de ces phénomènes.

Du côté des économistes, c’est plus grave. On connait le problème de la réflexivité depuis longtemps mais il a été systématiquement écarté. D’abord peut être parceque les économistes du 19ème siècle se sont intéressés à des produits qui avaient une valeur en eux-mêmes. Par exemple, le pain va dépendre e sa valeur nutritive, la maison de l’évolution de la population et du besoin de se loger,…on peut dire que ces biens ont une valeur fondamentale. Cependant il existe des biens pour lesquels ile st impossible de déterminer une valeur économique fondamentale ou du moins de la différencier de l’opinion qu’on aura de ce produit : c’est le cas par exemple, des œuvres d’art. Entre les deux, il y a énormément  de biens qui tiennent à la fois d’une valeur fondamentale et d’une valeur réflexive comme les vêtements (se vêtir, être à la mode,…). Le problème c’est que dans notre société la valeur réflexive tient une place de plus en plus importante.

C’est dire que l’analyse des problèmes économiques suppose que l’on  prenne en compte les idées , les opinions et les croyances des individus mais cela a quelques conséquences :

-          Il devient beaucoup moins facile d’avoir recours à une modélisation mathématique

-          Les résultats obtenus sont beaucoup plus incertains que si on ne prend pas en compte ces croyances.

-          Ca éloigne la recherche économique de « l’idéal de scientificité » que sont les sciences dures comme la physique. (les économistes souffrent souvent d’un complexe à l’égard des sciences dures).

QUI SONT LES ECONOMISTES QUI AVAIENT VU QUELQUE CHOSE ?

Il s’agit de Jorion, Roubini, Orléan, Soros,…

Nouriel Roubini : En septembre 2006, il a annoncé lors d'un discours devant une audience de spécialistes, sceptiques, du FMI, qu'une crise économique était en gestation : « Dans les mois et les années à venir, les États-Unis vont probablement vivre une dépréciation immobilière qui ne se voit qu'une fois dans une vie, (…) et, ultimement, une grave récession» Il a prédit la cessation de paiements sur les hypothèques résidentielles, … On l’a appelé « Dr Doom » (comme Fatalis)

Paul Jorion : ce n’est pas un économiste au sens strict du terme mais un anthropologue spécialisé sur la fixation des prix (fixation des prix sur le marché aux poissons de l’île d’Houat ). Ils ‘est spécialisé ensuite en sciences cognitives et a travaillé pendant dix-huit ans comme ingénieur financier dans divers établissements bancaires dont dix au sein d’organismes spécialisés dans le crédit à la consommation et dans le crédit immobilier ; En 2006, il a publié « Vers la crise du modèle américain ? » en 2006 et annonçant la crise des subprimes. Il a donc su dire d’où partirait la crise et quel serait son déroulement. Il est difficile de dire si cela est du à sa formation d’anthropologue ou au fait qu’il a eu la chance d’être au bon moment  au bon endroit (et de ne pas être trop lié à des intérêts particuliers).

Georges Soros : c’est un économiste très singulier. Dès 1995, il écrit « la crise du capitalisme mondial » dans lequel il annonce que le système financier va provoquer une implosion de l’économie mondiale. L’auteur a le mérite d’avoir une « triple casquette » : il est diplômé de la London School of Economics, élève de Karl Popper et acteur majeur du marché financier depuis bientôt cinquante ans.

Il est responsable d’un fond de pension et a été un des premiers à développer des instruments financiers développés dans les années 1960 et il a tenu un rôle majeur dans la crise européenne de 1993.

Il est extrêmement critique à l’égard du système financier que, pourtant, il critique. Il indique par exemple qu’il a connu trois formes de mensonge dans sa vie : le régime nazi sous elquel il a grandi,  le mensonge communiste qu’il a fui et la dictature des marchés financiers. Il utilise ses gains pour améliorer la situation des roms en Hongrie, son pays natal. Enfin, ce fut un des opposants les plus acharnés de Georges Bush.

André Orléan, économiste français né en 1950, est un des représentants les plus connus de ceux qu’on appelle sommairement les « économistes hétérodoxes ». Polytechnicien, il devient administrateur de l’Insee en 1974, directeur de recherche au CNRS en 1987 et est directeur d’Études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales depuis 2006 ("Croyances et représentations collectives en économie"). Il a annoncé le risque de krach financier en 1999 dans « pouvoir de la finance » et milite depuis dans deux organisations aux objectifs différents. Il est le président des « économistes atterrés », un groupe d’économistes qui estime qu’on est en train de répéter les erreurs faites en 1929 et propose d’autres solutions.

Comme cette crise vient notamment des dérives de la recherche, il est président de l’Afep (Association Française d’Economie Politique) qui cherche à accroitre le pluralisme dans la recherche. Il pense que la recherche économique ne doit pas singer les sciences dures et que l’économie est une science sociale parmi d’autres. Il n’hésite donc pas à ouvrir la recherche économique sur la sociologie, l’ethnologie et la psychologie sociale. Ses travaux portent principalement sur la monnaie, la finance et les institutions (avec pour fil directeur la question des représentations collectives) et sont marqués par sa volonté d’ouverture disciplinaire.

Difficile d’établir une conclusion simple mais on remarque qu’à l’exception de Roubini ce sont des auteurs en marge du système ou en dehors du système, qui ne se laisse pas illusionner par les beautés des résolutions mathématiques et qui prennent en compte l’ensemble des sciences sociales.

EPILOGUE

Pour finir j’aimerais instiller paradoxalement une petite dose d’optimisme. La situation semble catastrophique mais ce qui caractérise les hommes c’est notre incapacité à envisager les situations de retournement. Je voudrais illustrer cela en utilisant un très beau texte de Keynes écrit en 1930, c’est à dire au début de la grande crise, texte dans lequel il nous annonce, sans le savoir, ce qu’on appellera par la suite « les trente glorieuses ». Ce texte s’intitule  « Perspectives économiques pour nos petits-enfants ».

« Nous souffrons actuellement d'une mauvaise épidémie de pessimisme économique. Il est courant d'entendre dire que la période de grands progrès économiques qui caractérisa le XIXe siècle est close; que l'amélioration rapide de la vie va maintenant marquer un ralentissement – du moins en ce qui concerne la Grande-Bretagne; et que la prospérité va plutôt diminuer qu'augmenter dans la décade qui commence. (...) Je pense que c'est là une interprétation tout à fait erronée de ce qui nous arrive. Nous souffrons, non des rhumatismes propres à la vieillesse, mais de douleurs de croissance inhérentes à une poussée trop brusque, de ce qu'a de pénible la transition d'une période économique à une autre.(...) La dépression mondiale actuelle, l'anomalie monstrueuse que constitue le chômage dans un monde plein de besoins, les fautes désastreuses que nous avons commises, nous rendent incapables de voir ce qui se passe au-dessous de la surface et d'interpréter le sens véritable des événements. (...) Ainsi pour la première fois depuis ses origines, l'homme se trouvera face à face avec son véritable, son éternel problème – quel usage faire de sa liberté, comment occuper les loisirs que la science et les intérêts composés lui auront assurés, comment vivre sagement et agréablement, vivre bien ? (...) Mais surtout, n'attachons pas une importance excessive au problème économique, et ne sacrifions pas à des nécessités présumées des valeurs d'une signification plus profonde et plus durable.

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