Time out

TIME OUT d’Andrew Nicoll – 2011

  « L’argent c’est le temps ». Dans un monde futur, l’unité monétaire est l’unité de temps : les hommes disposent d’un capital individuel de temps et les achats se font en  mois ou en années. Un compteur inscrit sur le bras de chacun se met en marche à partir de l’âge de 25 ans et l’on gagne des années en travaillant ou en vendant des produits, exactement comme on gagne de l’argent ; mais si le compteur tombe à zéro, l’individu meurt immédiatement. Le héros, Will Salas, vit dans le ghetto de Dayton où chacun survit en ayant rarement plus de 24 heures de vie à sa disposition. Survivre n’est donc plus seulement un combat pour gagner de l’argent, c’est une véritable course contre le temps qui contraint à tout faire le plus rapidement possible. Séparés de ce ghetto, les riches vivent dans le quartier de New Greenwich où on peut prendre le temps de vivre puisque chacun dispose de dizaines voire de centaines d’années de vie. Dans ce quartier, personne ne vieillit et tous ont l’apparence de jeunes gens de20 ou 25 ans même si leur âge réel dépasse parfois le siècle. Henry Hamilton est un de ces richards et, lassé de la vie après 105 ans d’existence, il traine dans le ghetto en espérant se faire dépouiller et y être tué. C’est sans compter sur Will qui lui sauvera la vie contre son gré. Hamilton décide alors de lui offrir toute sa fortune,  des dizaines d’années d’existence, avant de se suicider et il lui révèlera que la richesse en temps des habitants de New Greenwich n’existe  que parceque la durée de vie dans le ghetto est limitée : si tous vivaient aussi longtemps que les privilégiés de New Greenwich la surpopulation aurait tôt fait de rendre la vie impossible. Will décide alors de se rendre à New Greenwich, où sa nouvelle richesse lui permettra de passer inaperçu, et il y fait connaissance du magnat Philippe Weiss, assez riche pour vivre éternellement, et de sa fille Sylvia Weiss. Puis il s’enfuira entrainant dans sa cavale Sylvia qui finira par participer avec lui à des hold-up de « banques du temps » afin de redistribuer le temps aux plus déshérités, déstabilisant ainsi tout le système en place.

Le réalisateur Andrew Nicoll continue à nous entrainer dans sa quête des autres mondes possibles (on citera notamment les formidables « bienvenue à Gattaca » dont il a écrit le scénario, et « Truman Show »). Ici, le procédé consiste à remplacer l’argent par du temps, ce qui n’étonnera pas les économistes tant il est clair que l’épargne de temps constitue une des fonctions essentielles de la monnaie mais c’est cette similitude presque parfaite entre l’argent et le temps qui constitue la limite principale du film car on en revient finalement à une histoire classique de bandit au grand cœur qui organise des hold-up pour venir en aide aux plus pauvres. On retrouve sans peine la thématique de Robin des Bois mais aussi la traque de Bonnie et Clyde (qui avait fait l’objet d’un film d’Arthur Penn) ainsi que l’histoire vraie de Patricia Hearst, petite fille de W.R. Hearst, le magnat de la presse,  qui avait fini par rejoindre la cause de  ses ravisseurs en participant avec eux à des hold-ups. Enfin, on ne peut s’empêcher de songer au mythe de Faust et de l’éternelle jeunesse et surtout au roman d’Oscar Wilde « le portrait de Dorian Gray » (qui a été adapté de belle manière en 1945 par Albert Lewin, un excellent réalisateur un peu trop oublié aujourd’hui) Pourtant Nicoll ouvre des pistes intéressantes dans son film, pistes qu’il n’exploite pas véritablement. Ainsi, la question du partage de la « richesse temps » au sein de la société ne dépasse pas l’analyse d’un film de série B. De même, les habitants de New Greenwich bénéficiant d’un énorme patrimoine de temps ne vieillissent pas et ont tous l’air d’avoir 25 ans ce qui rend les choses compliquées puisque la mère, la fille et la petite-fille sont toutes aussi jeunes et séduisantes. Un des personnages tient quelques propos sur les difficultés que cela engendre dans une société mais, hélas, on en reste là et la réflexion n’est pas poussée plus loin.

Malgré tout, il s’agit d’un bon film qu’on peut voir avec plaisir et intérêt même s’il n’atteint pas la dimension  de films précédents de Nicoll comme « Truman Show » ou « Bienvenue à Gattaca ».

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