THEORIES ECONOMIQUES - QUATRE GRANDS COURANTS

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QUATRE GRANDES CONCEPTIONS DE L’ÉCONOMIE.

COMMENTAIRE

Ce texte est le corollaire du texte intitulé « méthodes et théories en sociologie » mais il me semble dangereux de l’utiliser en sensibilisation ; il suppose que les élèves aient déjà travaillé différents points théoriques. Ce texte permet seulement de rassembler ces divers points et surtout de fournir des images et des métaphores qui leur permettront de mieux retenir les spécificités de ces approches.

 

            Il faut toujours garder à l’esprit que la réalité est trop complexe pour être appréhendée (ou comprise) parfaitement et fidèlement. Aussi, toute description ou explication de la réalité ne peut être qu’une simplification de celle ci. Ceci ne veut pas dire que toutes les simplifications se valent : certaines sont très proches de la réalité, d’autres plus éloignées et d’autres sont carrément fausses. Nous verrons ici quatre théories (qui sont autant de représentations simplifiées) parmi celles qui sont considérées comme les plus intéressantes mais aucune d’entre elles n’explique tout la réalité; en revanche, elles ont toutes les quatre utiles pour expliquer certains aspects de la réalité.

            I) L’APPROCHE NÉO-CLASSIQUE : L’ÉCONOMIE VUE DU CÔTÉ DE L’OFFRE ET LA BALANCE DE ROBERVAL

          L’économie vue à  travers la liberté du consommateur.

“Le client roi”! Cette expression suppose que chacun ,d’entre nous, dès lors qu’il est consommateur, est capable de participer à une bonne régulation de l’économie puisqu’il est raisonnable et éclairé; il fera donc, comme on dit, le meilleur “rapport qualité/prix”. Sachant quel besoin il veut satisfaire, il choisira un bien ou un service permettant de satisfaire ce besoin (une chaîne hi-fi, par exemple) et ira dans tous les magasins choisir la meilleurs chaîne hi-fi compte tenu de son prix. Faisant jouer la concurrence, tous les magasins seront dans l’obligation de proposer des chaînes aux prix les plus faibles possibles.

            L’approche néo-classique (proche, en général, du libéralisme) est celle qui nous paraît souvent la plus évidente car elle est très proche de notre expérience quotidienne. C’est d’abord une approche s’appuyant sur le rôle moteur de l’offre : la meilleure façon de le comprendre est de se mettre à la place d’un commerçant : pour un commerçant, l’essentiel est de faire un bénéfice le plus important possible mais il ne peut guère, pour cela, augmenter ses prix car tous ses clients iraient chez les concurrents. Les prix auxquels il peut vendre sont imposés  par la concurrence (donc par le marché) et sa seule possibilité d’augmenter ses bénéfices est donc de gérer au mieux son entreprise en réduisant au maximum ses coûts de production. Dans une telle optique, une économie se portera d’autant mieux qu’elle est composée d’entreprises bien gérées. On voit que la microéconomie et la macroéconomie se  rejoignent. Mais la situation n’est pas bénéfique seulement pour les commerçants, elle l’est aussi pour les consommateurs : en effet, ceux ci pourront acquérir les meilleurs produits aux prix les plus faibles puisqu’ils font jouer la concurrence. Cependant, ce résultat idéal suppose qu’un certain nombre de conditions existent : qu’il y ait effectivement assez de commerçants qui se font concurrence et qui ne s’entendent pas (sur les prix, par exemple), que les consommateurs puissent effectivement comparer les produits chez les différents commerçants et connaissent suffisamment bien le produit pour choisir la meilleure qualité (on retrouve les fameuses cinq hypothèses de fonctionnement de la “concurrence pure et parfaite). Au total, les meilleurs produits seront vendus aux prix les plus faibles et, pour ce faire, les entrepreneurs, aiguisés par la concurrence, feront les plus grands efforts de gestion. On est donc à “l’optimum” sur le marché.

            Mais que se passe-t-il s’il y a  une pénurie ou, au contraire, une surproduction soudaine d’un bien? Par exemple, si la victoire de l’équipe nationale de football provoque un engouement pour ce sport, il y a tout lieu de croire qu’il y aura une ruée sur les ballons de foot, provoquant une pénurie chez les commerçants. Dans un système de marché pur, cette pénurie ne devrait, théoriquement, pas durer car les commerçants, fines mouches, constatant que la demande de ballons ne faiblit pas, les vendront plus cher : la demande excédant l’offre, les prix augmentent; on peut alors supposer que quelques petits futurs zidannes renonceront à leur achat et qu’en même temps apparaîtront de nouveaux fabricants de ballons, attirés par les bénéfices possibles. Ainsi se produira un jeu de bascule entre l’offre, la demande et le prix, le tout aboutissant à un prix tel que le nombre de ballons vendus soit égal au nombre de ballons achetés. On voit, cependant, que cet équilibre dépend  de la plus ou moins grande réaction de l’offre et de la demande car il faut, par exemple, que de nouveaux producteurs apparaissent très vite (or faire un nouveau produit peut prendre du temps, notamment pour acquérir les nouveaux investissements). Le système de marché permettra également d’assurer les reconversions nécessaires à long terme : ainsi, en reprenant notre exemple, on peut supposer que, face à cet engouement pour le foot, le jeu de billes perdra de son attrait. Dès lors, plutôt que voir les paquets de billes encombrer leurs étalages, les commerçants préfèreront les brader : l’offre excédant la demande, les prix vont baisser. Dans ce cas précis, on peut supposer que la demande va peu augmenter (le jeu de billes, par exemple, devient “ringard”) et les fabricants de billes vont peu à peu se reconvertir dans les activités générant plus de profits, par exemple la fabrication de ballons de football. Ainsi, les secteurs dépassés sont peu à peu délaissés et les secteurs nouveaux peuvent se développer.

            Les mécanismes de marché vont donc, selon les néo-classiques, fonctionner pour toutes sortes de marchandises (biens, services, travail, monnaie,...) et aboutir dans tous les cas à un équilibre, résultant de l’offre, de la demande et du prix du bien (le prix étant le salaire dans le cas du travail, le taux d’intérêt dans le cas de la monnaie,...). On peut illustrer l’économie selon les néo-classiques à une multitude de balances de Roberval, chaque plateau représentant soit l’offre soit la demande, ou, mieux, à un mobile dont tous les éléments se retrouveraient “naturellement” en équilibre. On comprend pourquoi, pour les libéraux, le système de marché ne peut pas engendrer de crises durables (mais ils admettent qu’il puisse y avoir des déséquilibres momentanés au moment de la reconversion d’un secteur à un autre). Cette absence de crises est également due au fait que toute épargne ne peut être durable; ce n’est jamais qu’une “consommation différée” (alors que pour Keynes on peut épargner durablement par crainte de l’avenir) : en effet, pour les néo-classiques, la monnaie n’a qu’une fonction de “transaction” (elle ne sert qu’à faire des échanges) alors que Keynes considérait qu’on pouvait désirer la monnaie “pour elle même” (épargner pour faire face à des aléas futurs ou spéculer). Il ne faut cependant pas en conclure que pour les néoclassiques, une augmentation de la monnaie en circulation aurait un effet sur les échanges; au contraire, cela stimulerait la demande potentielle mais, l’offre ne suivant pas, cela aurait des effets inflationnistes. On comprend que, dans ces conditions, les économistes libéraux estiment qu’il n’y a nul besoin d’intervention de l’Etat (à l’exception de ses trois fonctions traditionnelles) puisque les mécanismes de marché (dons le secteur privé) suffisent pour aboutir aux meilleurs résultats.

            Comme toutes les théories, cette théorie n’est ni vraie ni fausse : elle explique bien certains phénomènes ou s’applique bien à une certaine époque mais n’explique pas d’autres phénomènes et n’est pas pertinente pour expliquer ce qu’il se passe à d’autres périodes historiques. Il n’est donc pas étonnant que certains économistes ne soient pas d’accord avec cette présentation de l’économie car, disent ils, elle suppose l’existence de conditions (ou d’hypothèses) assez restrictives.

 

            II) LE SYSTÈME ÉCONOMIQUE SELON KEYNES : PLOMBERIE ET INCERTITUDE.

            Parmi les critiques qu’on peut adresser aux néoclassiques, il y a celle de l’insuffisante prise en compte du temps (des délais) et des anticipations des agents. Nous avons vu que dans le cadre néoclassique, une augmentation de la demande d’un produit impliquait une augmentation du prix qui faisait que la demande baisse et qu’on revient à l’équilibre. Cela peut se passer dans la vie quotidienne quand il n’y a aucune crainte sur l’avenir.

            Plaçons nous maintenant dans d’autres situations possibles :

Dans la première situation, nous sommes dans une économie en crise, le manque de produits de base et alimentaires est tel qu’on craint de ne pas avoir suffisamment pour se nourrir le lendemain; de plus, du fait de cette pénurie, les prix n’ont jamais été aussi élevés mais, vu l’importance des biens, cela n’entraîne pas une baisse de la demande. Le jour où, après une longue attente, les magasins sont enfin achalandés, les consommateurs se précipitent sur les produits et achètent même plus que ce que leur consommation quotidienne justifierait. La crainte ou la prévision d’une hausse future des prix entraîne des comportements de “précaution” (on achète pour pouvoir consommer plus tard en cas de pénurie) ou de “spéculation” (on achète pour pouvoir revendre plus cher plus tard). A l’inverse, une baisse des prix peut ne pas entraîner une augmentation de la demande parce que le consommateur pourra être tenté de repousser ses achats à plus tard, lorsque le prix aura baissé. C’est ce qu’il s’est passé durant la crise de 1929 : devant la chute des prix, chacun attendait que les prix baissent encore pour pouvoir acheter, ce qui renforçait la surproduction et entraînait de nouveaux licenciements.

Dans la deuxième situation (quand on spécule), les biens ne sont plus indispensables (comme dans le cas de l’alimentation) : ce sera le cas des achats de cartes “Pokemon“, de tableaux, d’actions d’entreprises,... Ici, l’augmentation de prix ne freinera pas les achats mais , au contraire, les augmentera car les acheteurs pensent que les prix continueront à augmenter et envisagent donc des perspectives de plus-value.

            On peut déduire de cela un certain nombre d’idées importantes :

Le marché livré à lui même, peut, dans certains cas, s’installer dans une situation de crise durable comme dans les années 30. Mais on voit également que la monnaie peut être “désirée pour elle même” (pour spéculer ou pour se protéger). Enfin, une augmentation de la masse monétaire en circulation peut avoir un effet sur l’activité économique, notamment parce qu’elle entraîne une baisse des taux d’intérêt. La dernière conclusion à prendre en compte est que l’Etat doit pouvoir intervenir pour sortir l’économie de la crise ou pour stabiliser la croissance; l’Etat pourra intervenir aussi bien par ses politiques conjoncturelles (budgétaires ou monétaires) que par la protection sociale et aller, éventuellement, jusqu’à la Nationalisation. On voit donc que dans l’analyse keynesienne, les conséquences d’un phénomène peuvent être opposées à ce qu’on trouve chez les néoclassiques parce qu’on prend en compte le temps (il faut, par exemple, un certain délai pour que les magasins soient à nouveau achalandés), les anticipations des agents économiques (les consommateurs prévoient qu’il y aura une augmentation ou une baisse des prix) et la demande a plus d’importance que l’offre (ce n’est pas avant tout la « bonne santé » des entreprises qui soutient l’économie mais les capacités d’achat des consommateurs). Si on devait illustrer l’analyse keynesienne, on ne parlerait pas de balances (comme pour l’analyse néoclassique) mais de tuyauteries (on parle de “circuit keynésien”), la monnaie et les marchandises circulant dans les tuyaux de l’économie avec des risques de fuites, de bouchons,...

 

            III) L’ANALYSE MARXISTE ET LA LOI DU PLUS FORT

            Il est une autre hypothèse des néoclassiques (et des libéraux) qui est souvent contestée, à savoir que les échanges économiques se font entre égaux, sans rapports de pouvoir : le commerçant est libre de vendre au prix qu’il désire (s’il le peut) mais le client est libre de refuser d’acheter s’il estime que le prix est trop élevé. L’employeur est libre de proposer un salaire  à son futur employé et celui ci est libre d’accepter ou de refuser cet emploi. Pourtant, on peut contester cette hypothèse. Est on toujours libre de refuser d’acheter des denrées alimentaires? Peut on, dans tous les cas, refuser un emploi? Les néoclassiques sont bien conscients qu’il peut y avoir des cas où il n’y a pas égalité de pouvoirs entre les protagonistes, notamment si un des protagonistes se retrouve en situation de monopôle. C’est pourquoi les néoclassiques insistent tant sur la nécessité d’un marché atomistique  et sur le refus des oligopoles et des monopoles. Toutefois ces situations constituent, pour eux, des anomalies par rapport à ce que devrait être le fonctionnement normal d’une économie.

            Pour Marx, au contraire, ces rapports de pouvoir ne constituent pas des exceptions mais sont au cœur du fonctionnement de l’économie, le marché est d’abord une confrontation entre puissants et moins puissants et la liberté économique est alors “la liberté du renard libre dans le poulailler libre”.Marx écrit au 19ème siècle au cours de la Révolution Industrielle et c’est d’abord ce système qu’il décrit : les grandes entreprises, alors, commencent à supplanter les plus petites dans un vaste mouvement de concentration (mais qui n’a rien de c omparable à ce qu’il se passe aujourd’hui). La masse des capitaux à mobiliser pour pouvoir produire devient telle que beaucoup sont incapables de suivre. Laminés par la concurrence et les transformations de l’économie, les petits commerçants, les artisans et les petits agriculteurs n’ont guère d’autre choix que travailler pour autrui, devenir des salariés. Dans cette optique, la propriété des moyens de production devient essentielle; les oppositions entre groupes vont naître du fait que certains peuvent devenir propriétaires de  ces moyens de production et pas les autres. Là commence, d’après Marx, l’exploitation nécessaire à l’évolution du capitalisme. En l’absence de réglementations, les ouvriers sont bien obligés  d’accepter les salaires proposés puisqu’ils ne peuvent espérer devenir indépendants et parce que le nombre croissant d’agriculteurs, de femmes et d’enfants qui se présentent sur le marché du travail fait baisser les salaires : on peut donc les payer pour l’équivalent de six heures alors qu’ils produisent l’équivalent de huit heures de travail. Certes, serait on tenté de dire, tout cela était valable au 19ème siècle mais cette analyse n’est plus pertinente dès lorsqu’on a des lois protégeant les salariés, un Etat-Providence et des syndicats. C’est en partie vrai mais en partie seulement car on peut remarquer que le même analyse peut s’appliquer aux travailleurs fragilisés (intérimaires, sans diplômes,...) des sociétés actuelles et aux enfants embauchés dans tel ou tel pays en développement.

            Cependant, les marxistes vont plus loin que çà; d’après eux, l’exploitation persiste même quand il y a protection de l’Etat. Pour comprendre cela, il faut en revenir à la conception de la valeur chez Marx. Pour Marx, la valeur des biens vient du travail nécessaire pour la fabriquer; notons au passage qu’il n’est en rien révolutionnaire puisque c’est cette même idée que retiennent Hume, Smith, Ricardo et la majorité des auteurs classiques (il faudra attendre Jean Baptiste Say pour voir le développement de la conception de la “valeur utilité”.). Donc, pour Marx, seuls ceux qui apportent du travail (physique ou intellectuel) sont créateurs de valeur (les ouvriers, les ingénieurs,...) mais pas les apporteurs de capital. Certes, l’entrepreneur qui achète des machines pour pouvoir produire un bien participe à la production mais la valeur de cette machine dépend du travail incorporé (il a fallu un ingénieur pour l’inventer, un technicien pour la mettre au point, un ouvrier pour la fabriquer,...). Dans ces conditions, si un produit vaut 100 francs c’est qu’il contient pour 100 francs de travail incorporé (travail de celui qui l’a fabriqué plus le travail de ceux qui ont fabriqué les biens semi-finis incorporés plus le travail de ceux qui ont fabriqué les machines servant à fabriquer le bien,...).

            Mais comment, dans ces conditions, est il possible de faire un profit? C’est possible car le “capitaliste” est en mesure de verser moins que 100 francs sous forme de salaires : en effet, comme nous l’avons vu, la masse de travailleurs à le recherche d’un emploi (ruraux, femmes enfants, ce que Marx appelait “l’armée industrielle de réserve“; aujourd’hui les chômeurs) exerce une pression à la baisse des salaires; il faut ajouter que cette pression sera plus forte encore en l’absence de réglementations et de lois ainsi qu’en l’absence de syndicats. Cette baisse des salaires n’est pas une anomalie du système mais une nécessité puisque c’est à cette condition que le système économique peut se perpétuer et se développer. Dans cette explication, l’exploitation des travailleurs est, d’une manière ou d’une autre, au cœur du système économique. Mais, pour Marx, cette situation n’est pas durable et devrait déboucher sur des crises économiques (point que nous verrons ultérieurement).

            IV) L’ANALYSE SCHUMPETERIENNE OU LES TEMPÊTES ÉCONOMIQUES.

            Joseph Schumpeter apparaît comme un économiste singulier, souvent qualifié “d’hérétique”. En effet, il a reçu une formation traditionnelle en économie (celle des néoclassiques) mais ne reconnaît pas du tout la valeur des néoclassiques, ni celle de Keynes d’ailleurs. Enfin, s’il reconnaît  des mérites à Marx ses idées sont on ne peut plus éloignées de celui ci.

            Il a, en premier lieu, de nombreux reproches à adresser aux néo classiques : pour lui, ceux ci s’intéressent à un système économique bien éloigné de la réalité du capitalisme. En effet, pour les néoclassiques, l’entrepreneur est tout au plus un gestionnaire qui s’adapte passivement aux données du marché et le système économique tend à revenir vers un équilibre entre l’offre et la demande. Cela pourrait correspondre à une activité routinière mais ce qui caractérise le capitalisme, d’après Schumpeter, c’est qu’il est perpétuellement en changement et en transformation notamment parce qu’il apparaît constamment des innovations, c’est à dire des nouveaux produits , de nouveaux progrès techniques et de nouvelles manières de produire. Et au centre de ce système il y a l’entrepreneur qui est avant tout un innovateur, c’est à dire non pas quelqu’un qui se contente de gérer mais un individu qui essaie de nouveaux produits, qui prend des risques,... En ce sens, tout le spectacle qui nous a été donné de voir dans le cadre des “activités internet” ces dernières années correspond plus au schéma de Schumpeter qu’à celui des néoclassiques : les entrepreneurs prennent des risques, parfois inconsidérés, dans le but de faire du profit et on n’a pas vu l’ombre d’un équilibre de marché se dessiner dans ce domaine. Ce qui fait fonctionner le système capitaliste, c’est donc la volonté d’enrichissement des entrepreneurs qui adopteront des innovations quand ils estiment qu’un profit est possible. Ici, le profit n’est plus, comme chez Marx, le résultat d’une exploitation mais la récompense face à une prise de risque. On voit que l’innovation est au cœur du système économique mais qui est capable d’innover? Pour Schumpeter ce sont avant tout les grandes entreprises qui ont les moyens de financer des activités de recherche qui ne seront pas immédiatement rentables (en cela, il n’a pas complètement raison puisque des innovations peuvent provenir de petites entreprises ou de petits groupes) : du coup, la grande entrepris n’est plus, comme chez les néoclassiques, un élément dangereux qui risque de remettre en cause les mécanismes de marché. Au contraire la grande entreprise est bénéfique pour l’économie car elle permet de développer les innovations et la concurrence “pure et parfaite” peut être mauvaise si elle ne permet pas à un innovateur de retirer le bénéfice de ses innovations et des risques qu’il a pris.

            Schumpeter reproche aussi aux néoclassiques de concevoir l’économie comme une mer calme sur laquelle les ajustements entre offre et demande se feraient sans douleur. Au contraire, dit il, le capitalisme doit être comparé à un système en perpétuel désordre, balayé par les vents : tous les jours, de nouveaux produits et de nouvelles entreprises apparaissent mais tous les jours des entreprises anciennes disparaissent avec leur cortège de destructions d’emplois : quand le secteur des ordinateurs s’est développé, par exemple, les machines à écrire traditionnelles ont disparu ainsi que les entreprises qui les produisaient, si celles ci n’ont pas su s’adapter au nouveau contexte économique. C’est le phénomène de “destruction créatrice” qui fait que l’économie est marquée par le retour périodique de “grandes crises”, qui ont lieu à peu près tous les 50 ou 75 ans et marquent les “cycles kontratieff”. Si on doit trouver une image de l’équilibre en économie, ce serait l’équilibre dynamique de la bicyclette : tant qu’elle roule, elle est en équilibre, dès qu’elle s’arrête, elle s’écroule.

 

            Nous avons donc là quatre façons d’analyser le système économique (et il y en a d’autres), chacune étant plus intéressante que les autres pour analyser un segment particulier de la réalité : l’analyse néoclassique est intéressante pour comprendre le fonctionnement habituel et “routinier” du système et analyser les situations où l’offre est remise en cause. L’analyse keynesienne peut sembler plus pertinente quand les problèmes sont liés à une insuffisance de la demande. L’analyse marxiste correspond bien à certains phénomènes d’exploitation quand le rapport de forces est manifestement en faveur de certains entrepreneurs. Schumpeter décrit bien les mouvements d’un système en perpétuel renouvellement.

 

Travail à faire :

            A l’aide des textes ci-dessus, vous remplirez le tableau suivant (toutes les cases ne peuvent pas être remplies dès à présent). Le tableau sera à compléter et à agrandir au cours de l’année.

 

 

THÈMES

NEO-CLASSIQUES

KEYNESIENS

MARXISTES

SCHUMPETER

Théorie de la valeur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Moteur de l’activité économique

 

 

 

 

 

 

 

 

Prise en compte du temps

 

 

 

 

 

 

 

 

Conception du pouvoir

 

 

 

 

 

 

 

 

Conception du profit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

THÈMES

NEO-CLASSIQUES

KEYNESIENS

MARXISTES

SCHUMPETER

Image de l’entrepreneur et de l’entreprise

 

 

 

 

 

 

 

 

Marché (rôle, relations micro-macro)

 

 

 

 

 

 

 

 

Monnaie

 

 

 

 

 

 

 

 

Etat

 

 

 

 

 

 

 

 

Crises

 

 

 

 

 

 

 

 

Métaphore

La balance

La robinetterie

le renard libre

La bicyclette

 

 

 

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