HISTORIENS – GEOGRAPHES, PROFS DE SCIENCES ECONOMIQUES ET SOCIALES : JE T’AIME… MOI NON PLUS !

Il s'agit de la version remaniée d'une lettre adressée à mes collègues d'Histoire-Géographie en Avril 2019

 

L’année 2018 nous a offert une magnifique expérimentation in vivo utilisable en sciences politiques : la manière dont les historiens d’un coté, les profs de SES de l’autre risquent fort de s’écharper.  En effet, la réforme des programmes de 2019 aboutit à dresser les disciplines les une contre les autres et notamment l’HG contre les SES. Arrivées tard dans l’institution scolaire (la première classe de seconde SES date de 1967) les SES sont habituées aux frictions avec des disciplines proches – STMG (Sciences et Techniques du Management et de la Gestion), HG, philosophie- ou avec des lobbies extérieurs à l’Education Nationale (voir annexe 1). Pour autant, il faut absolument éviter les conflits de territoire et de légitimité entre HG et SES parce que nous sommes complémentaires et constitutifs de ce qu’on appelle la « troisième culture » (Voir Annexe 2), celle des sciences sociales. Cela suppose d’abord une reconnaissance mutuelle de l’identité de chacune des disciplines (et notamment des SES car, étant une discipline jeune, un nombre non négligeable de profs d’HG ne savent pas vraiment ce qu’on y fait).

Les possibilités de friction avec l’HG sont d’autant plus envisageables que les SES sont issus de l’HG

Cet enseignement n’a pas été au départ initié par des économistes universitaires mais plutôt par des historiens et des géographes adeptes de l’idée d’unité des sciences sociales, dans la lignée de Fernand Braudel et de l’Ecole des Annales. (Voir annexe 3). Pourquoi cette proximité avec l’HG alors que l’enseignement de l’économie aurait pu être une simple répétition de ce qui commençait à se faire dans les toutes nouvelles facultés d’économie ? (Les facultés d’économie commencent à prendre leur autonomie vis-à-vis des facultés de Droit à partir de 1959. Voir E. Chatel « Pour une histoire et une sociologie de l’enseignement de l’économie »). Les objectifs initiaux des SES ne sont pas un simple apprentissage de l’économie mais sont « de conduire à la connaissance de nos sociétés actuelles et de leurs mécanismes, d'établir une relation jusque-là incertaine entre culture et réalités économiques et sociales » (préambule du premier programme de 1966). De fait, on ne devait pas seulement aborder la question de l’entreprise ou du financement de l’économie mais il y avait également un chapitre consacré à la démographie et un autre consacré à la famille (NB : l’IG de SES a cédé le « monopole » de l’enseignement de la démographie aux historiens-géographes au début des années 1990).

Il faut dire que l’Histoire Economique a été au départ, un élément essentiel de l’enseignement des SES. Ainsi, le premier programme de terminale de 1967 prévoyait la présentation des différents types de développement en économie libérale et demandait de prendre des exemples caractéristiques : RU et France, Allemagne et Japon, Etats-Unis. Il prévoyait également l’étude du système socialiste avec l’exemple de l’URSS et l’analyse des pays en voie de développement en s’appuyant sur les cas du Mexique, de l’Inde, de la Chine et de divers Etats d’Afrique Noire. Le lycéen en filière B (ancien nom de la filière ES) avait, jusqu’au début des années 1980, un fâcheux sentiment de répétition entre les deux disciplines qu’étaient les SES et l’HG (Voir les programmes d’origine en annexe 4).

Par la suite, les programmes de SES ont fortement évolué pour arriver à la situation actuelle. Dans un premier temps, au début des années 1980, on a réduit la place de la dimension historique au profit d’une approche plus méthodique en économie (en mettant plus l’accent sur les mécanismes économiques). Puis, à partir de 1995, on a renforcé la place de la sociologie en lui donnant un contenu plus théorique. Par ailleurs, on donnait déjà des éléments de science politique dans l’enseignement de SES et à partir de 1995, on a introduit une option appelée explicitement entre « Sciences Politiques » en classe de première et déplacé cette option en terminale en 2010 (voir les programmes en annexes 5 et 6 ; un rappel de la polémique actuelle en annexe 7 et l’intégration de la science politique dans les différents programmes – Annexes 8 et 9).

On voit donc que les SES ont tenu à renforcer leur ancrage disciplinaire mais il y a, au sein des enseignants de SES, deux lectures possibles de cet ancrage. Pour la majorité il convient de garder une dimension pluri et interdisciplinaire en privilégiant une approche par objet où on utilisera les apports des différents disciplines sociales, de l’économie à l’ethnologie en passant par la sociologie (voir annexe 10 sur les disciplines des sciences sociales) en prenant soin de conserver une profondeur historique nécessaire à l’analyse économique et sociale (étant bien entendu que prise en compte d’une profondeur historique ne signifie pas  enseignement de l’histoire). En fait, à partir de 2010, une autre voie a été imposée par une minorité d’enseignants, celle d’une stricte partition disciplinaire entre économie, sociologie et sciences politiques, ce qui élimine de fait les autres sciences sociales. Qui plus est, ce recentrage en économie se fait sur une approche axiomatique et mathématisée qui exclut la dimension historique de l’analyse (et constitue une grossière erreur). De plus, cet abandon de fait de notre dimension pluridisciplinaire s’accompagne d’une perte de nos thématiques traditionnelles, lesquelles se retrouvent en EMC où elles peuvent être prises en charge par des enseignants de n’importe quelle discipline : jadis le thème de l’argent, cette année le thème du lien social qui recouvre les thèmes de la famille, du chômage, de la protection sociale, etc… On peut comprendre la colère des enseignants de SES qui voient leur travail de 50 ans pillé de l’intérieur (voir annexe 11) ; colère renforcée quand la présentation officielle présente des erreurs impardonnables (Voir annexe 12).

Recouvrements et complémentarités

Il ya évidemment des complémentarités et des recouvrements : complémentarité car il est préférable en SES de tenir compte de la profondeur historique pour faire une analyse économique et à l’inverse, il n’est pas inutile en Histoire de maitriser le concept de productivité quand on  présente les trente glorieuses (voir Annexe 13) ; recouvrement quand la sociologie et la géographie partagent les mêmes outils et les mêmes analyses en abordant les questions de ségrégation urbaine. Il y a donc avant tout une forte complémentarité entre HG et SES mais celle-ci peut se transformer en concurrence fratricide dès lors qu’il n’ya pas reconnaissance de l’identité de l’autre et que les rapports de force s’installent. C’est pour contourner ces deux écueils et pour participer à l’élaboration d’une véritable troisième culture (que je ne verrai jamais puisque je suis en fin de carrière) que j’ai écrit cet article et vous invite tous à une véritable discussion.

Thierry Rogel enseignant en Sciences Sociales (dont la Science Economique)
 

ANNEXES

Annexe 1 : Des Sciences Economiques et Sociales rompues à l’opposition

Les professionnels non enseignants

L’IDE (Institut de l’Entreprise), une émanation du Medef, attaque régulièrement les professeurs de SES sur un supposé endoctrinement idéologique (voir cette célèbre citation de Pebereau : « Je me positionne donc aujourd’hui devant vous pour un enseignement où la concurrence est la règle du jeu, où la création de richesses est un préalable à la distribution de richesses, et où le marché assure la régulation de l’économie au quotidien. » (Allocution  de Michel Pébereau, PDG de BNP-Paribas, donnée le 23 février 2006 à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. http://www.edicas.fr/site/fin.cgi?TypeJ=20060719110432&journal_id=20060719113829 Signalons que cette citation a été enlevée d’Internet). Précédemment, c’était notre compétence même qui était remise en cause (voir l’article de Capital d’Hervé Jannic, « L’économie au lycée, çà craint ! » - magazine « Capital » du 22 Juin 1999, apparemment introuvable sur le Net)

Les enseignants

Une partie des économistes universitaires a longtemps critiqué notre trop grande ouverture disciplinaire qui, à leurs yeux, constituait un « manque de rigueur » (mais c’est cette même ouverture qui est qualifiée de « richesse » par d’autres universitaires comme Domnique Plihon).

Au sein de l’enseignement secondaire, les enseignants en Stmg (« Sciences et technologies du Management et de la Gestion ») revendiquent un partage disciplinaire, au moins en seconde, estimant qu’eux et nous enseignons l’économie (mais ce n’est pas du tout la même perspective ; cela pourrait faire l’objet d’un autre papier).

       Jusqu’à présent nous n’avons pas eu de frictions avec les professeurs de philosophie (pourtant, il y a là aussi des sujets possibles de conflits).

         Comme dans un jeu de quilles

Les problèmes de « territoire » vécus avec les autres ensembles disciplinaires du lycée viennent tout simplement de notre arrivée tardive. Quand les SES s’installent en 1967, il y a déjà un enseignement de l’économie en filière technique ; les professeurs d’Histoire – Géographie sont les seuls à être amenés à parler d’économie dans les filières générales à travers l’étude de la Révolution Industrielle ou dans les thèmes de Géographie économique ; enfin les professeurs de philosophie sont amenés  à parler de sociologie et d’ethnologie en diverses occasions (on peut citer les manuels d’introduction à la sociologie d’Armand Cuvillier, professeur de philosophie en classes préparatoires).

Bref, en arrivant nous avons un peu mordu sur le territoire des économistes de l’enseignement technique en nous occupant comme eux de l’économie générale (mais très peu de l’économie d’entreprise), un peu sur le territoire des philosophes en enseignant la sociologie et des bribes d’ethnologie (notamment dans les chapitres consacrés à la famille) et sur le territoire des historiens en nous appuyant sur l’Histoire Economique.

 

ANNEXE 2 : LES TROIS CULTURES

La référence à la troisième culture nous vient de Wolf Lepénies qui, dans son ouvrage, « Les trois cultures – Entre science et littérature, l’avènement de la sociologie», explique l’installation difficile de la sociologie en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne coincée entre la « culture scientifique » et la « culture littéraire » Aujourd’hui, on utilise le terme « troisième culture » pour parler des « sciences sociales » à l’exemple de cet appel paru dans Le Monde le 1er Décembre 2009 (extraits) : « La connaissance des apports de la science économique est essentielle pour appréhender de nombreux phénomènes du monde contemporain, tels que les mécanismes boursiers, le fonctionnement de l'entreprise ou d'un marché, ou encore la croissance économique. Mais la sociologie et la science politique développent des regards propres sur le monde et elles ont aussi à nous apprendre sur les sociétés humaines. Ouvrir l'esprit des lycéens à l'ensemble de ces approches est donc essentiel si on veut leur donner les clés pour comprendre la société dans laquelle ils vivent. (…) si la culture scientifique et la culture des humanités sont bien indispensables aux lycéens de demain, ce qu'on appelle la "troisième culture", portée par les sciences sociales, l'est au moins tout autant, aussi bien dans la perspective de la préparation des élèves à l'orientation dans l'enseignement supérieur que dans une optique de culture générale ». (Les sciences sociales au lycée, un enjeu démocratique -Christian Baudelot, professeur de sociologie à l'Ecole normale supérieure ; Daniel Cohen, professeur de sciences économiques à l'Ecole normale supérieure ; Sylvain David, président de l'Association des professeurs de sciences économiques et sociales ; Nonna Mayer, présidente de l'Association française de science politique ; Philippe Meirieu, professeur en sciences de l'éducation à l'université Lumière-Lyon-II ; Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France).

 

Annexe 3 : les SES issues de l’HG

Cet enseignement n’a pas été au départ initié par des économistes universitaires mais plutôt par des historiens et des géographes adeptes de l’idée d’unité des sciences sociales, dans la lignée de Fernand Braudel et de l’Ecole des Annales;  au premier rang on peut citer Marcel Roncayolo et Guy Palmade, respectivement géographe et historien. La mise en place de la discipline se fit ensuite avec la participation d’économistes et  de sociologues universitaires. Donc, les SES sont d’emblée « pluridisciplinaires » mais en 1967 il n’y avait pas encore d’enseignants formés à cette nouvelle discipline. De fait, quand il fallut trouver des enseignants on alla chercher dans le vivier des historiens (ce fut, par exemple, une historienne, Huguette Bergeron, qui enseigna dans la première classe expérimentale de SES) et des professeurs d’économie venus de l’enseignement technique (comme Henri Lanta ou Janine Brémond). Les SES furent donc longtemps marquées par l’empreinte de l’HG. Ainsi, il y eut pendant longtemps une option d’Histoire et Géographie économique au Capes de SES et à l’agrégation de sciences sociales (Ce n’est que tardivement que l’agrégation fut intitulée de « sciences économiques et sociales », les universitaires craignant qu’il y ait une confusion avec l’agrégation d’économie du supérieur. Personnellement je suis et j’entends rester agrégé de sciences sociales). De plus,  les enseignants en SES qui avaient eux-mêmes suivis une filière B étaient rares (jusqu’aux années 1990 au moins).

 

Annexe 4 : Premier programme de SES en terminale – 1966

Introduction.
1) La notion de croissance et sa mesure.
2) Croissance, composition de la production, composition socioprofessionnelle de la population.
3) Stades et formes de développement : Inégalité quantitative et diversité qualitative.

I.  Niveaux de développement et systèmes économiques et sociaux.
1) Types de développement en économie libérale.
On les étudiera en tenant compte de l'ancienneté relative de l'industrialisation, ainsi que du rôle respectif joué dans le développement par les forces économiques et sociales spontanées et par l'Etat. en mettant en évidence les niveaux de développement actuellement atteints. et en prenant pour exemples caractéristiques
a) le Royaume-Uni et la France:
b) l'Allemagne et le Japon;
c) les Etats-Unis.
2) Types de développement en économie socialiste : l'U.R.S.S.
3) Types de pays en voie de développement.
On les étudiera en tenant compte du degré actuel d'industrialisation. des conditions démographiques et culturelles et des choix sociaux et politiques, et en prenant pour exemples caractéristiques
a) le Mexique;
b) l'Inde;
c) divers Etats d'Afrique noire;
d) la Chine.

II. - La croissance économique : analyse d'ensemble.
1) Les mécanismes économiques de la croissance :  la formation et l'utilisation du capital, ses effets d'accélération et de multiplication; le rôle du travail
2) Le progrès technique et sa diffusion.
3) Croissance et comportements économiques.

III. - Le changement social.
1) Les structures sociales fondamentales (castes, ordres, classes) et les composantes de la stratification sociale   Inégalité de revenus, diversité du statut, sentiment d'appartenance au groupe.
2) La mobilité géographique, professionnelle et sociale; ses degrés, ses formes et ses moyens; ses conséquences sur la structure de la société.
3) Le coût social du changement : l'intégration et ses difficultés; conflits de valeurs et conflits de groupes.

IV. - Les relations internationales.
1) Les échanges économiques entre nations
a) leur évolution et leur structure;
b) les tentatives d'organisation internationale des échanges.
2) Les contacts entre les sociétés et les cultures.
3) Rapports et conflits entre les Etats.

 

Annexe 5 : L'option Sciences économiques et sociales

en classe de première E.S. (1995)

I. Objectifs généraux de l'option Sciences économiques et sociales en première E.S.

L'option "Sciences économiques et sociales" de la classe de Première ES vise à approfondir l'étude des phénomènes économiques et sociaux. Elle s'inscrit clans la poursuite de quatre objectifs majeurs :

- concourir à la formation du citoyen, nécessaire au fonctionnement d'une démocratie, par une meilleure compréhension de la société, conformément à l'objectif central de la discipline

- renforcer la cohérence des programmes de sciences économiques et sociales au lycée : étude des pouvoirs publics et des groupes intermédiaires en classe de Seconde, institutions publiques et régulation sociale en classe de Première, processus du changement social en classe Terminale

- développer la complémentarité des champs disciplinaires pour mettre en œuvre les méthodes et démarches pédagogiques spécifiques aux sciences économiques et sociales (réalisation d'enquêtes, interviews, sondages, etc…)

- offrir aux élèves une première approche de la science politique, en relation avec un projet d'études supérieures et contribuer à mieux éclairer leur choix d'orientation, sans pour autant constituer une propédeutique à un cursus spécialisé.

II. Organisation des contenus

Le programme s'articule autour de trois thèmes, le pouvoir, la démocratie, la citoyenneté, et leurs interactions avec la vie économique et sociale. Il permet ainsi de renforcer les acquis de l'enseignement obligatoire. C'est pourquoi on y trouve certaines notions déjà présentes dans le programme de tronc commun.

L'étude utilise les concepts de la science politique et doit s'appuyer sur des exemples concrets accessibles aux élèves de classe de Première.

Le programme doit permettre aux élèves :

- de mieux appréhender la complexité des relations économiques et sociales en montrant comment s'élaborent, se mettent en oeuvre et se concrétisent les décisions à différents niveaux de l'organisation sociale ;

- d'approfondir l'analyse du fonctionnement et de la dynamique des rapports économiques, sociaux et politiques, dans le cadre d'institutions publiques spécifiques ;

- de mettre l'accent sur l'importance du lien social en prenant appui sur une réflexion centrée sur la citoyenneté et l'intégration.

III. Contenus

Le programme est présenté en trois colonnes :

- la première indique les différents thèmes d'étude ;,

- la seconde recense les notions que les élèves doivent acquérir ;

- la troisième fournit des indications complémentaires : elle détermine le niveau des connaissances et/ou le champ de la réflexion.

Les exemples cités proposent des illustrations pour l'enseignement mais n'en constituent pas l'objet.

 

Introduction

On sensibilisera les élèves à la dimension politique des phénomènes économiques et sociaux. On s'appuiera pour cela sur l'un des objets d'étude déjà rencontrés : famille, entreprise, Chômage, vie associative, syndicats

 

PROGRAMME

NOTIONS QUE LES ÉLÈVES DOIVENT ACQUÉRIR

 

INDICATIONS COMPLÉMENTAIRES

I. Pouvoir politique et régulation sociale    

1.1 La notion de pouvoir

Pouvoir

Autorité

Légitimité

L'objectif n'est pas de faire une théorie du pouvoir mais de montrer à partir d'exemples (entreprise, famille...) que le pouvoir a un double fondement : la contrainte et la légitimité.

1.2 Le pouvoir politique et sa spécificité

Nation

Etat

On mettra en évidence la spécificité du pouvoir politique tout en constatant la diversité des formes qu'il peut prendre dans le temps et dans l'espace.

On montrera que l'adéquation entre Etat et nation est le produit d'un processus historique.

1.3 Droit et régulation sociale

Norme

Coutume

On fera apparaître que le droit exprime l'état des relations sociales et qu'il est un moyen de régulation de la société. On s'interrogera, à cet égard, sur le rapport entre les règles juridiques et la réalité sociale. Le droit ne fait-il que suivre l'évolution des moeurs, ou peut-il être un facteur de création de nouvelles normes sociales ? (exemples de la famille, du travail, de la bioéthique, de l'environnement, etc).

2. Systèmes politiques et démocratie

2.1 La spécificité des systèmes démocratiques

Totalitarisme

Démocratie

Citoyenneté

Après avoir montré que la distinction entre démocratie et totalitarisme ne tient pas seulement au contenu des institutions mais aux conditions d'exercice réel du pouvoir politique, on privilégiera l'étude des systèmes démocratiques.

On développera les interrogations sur l'origine du pouvoir politique comme procédant d'un contrat social. A cet effet, on étudiera l'évolution de la conception de la citoyenneté politique en France, et dans ce cadre, on fera le lien avec les notions de souveraineté populaire et de démocratie.

Il conviendra d'envisager aussi la résurgence contemporaine des débats sur la nation et la citoyenneté.

2.2 Les aspects institutionnels de la démocratie

Séparation des pouvoirs

Régimes politiques

Suffrage universel

Démocratie représentative

Libertés publiques

L'analyse de la réalité du pouvoir politique suppose l'étude des principes et de la pratique des institutions.

Après avoir présenté brièvement les grands types de régimes politiques démocratiques (système de séparation des pouvoirs souple ou rigide), on privilégiera le cas de la France en montrant que la Ve République correspond à une situation intermédiaire.

On mettra en évidence que tout système démocratique inclut des organes institutionnels de contrôle du pouvoir politique qui garantissent l'exercice des libertés publiques.

2.3 Les différents niveaux de décision politique

Pouvoir local

Pouvoir central

Pouvoir supranational

L'étude des différentes formes et niveaux du pouvoir fera apparaître les interactions et les conflits possibles entre eux. Elle sera conduite à partir d'exemples concrets liés à l'actualité et plus particulièrement tirés de l'observation de la vie locale.

3. Participation politique et citoyenneté

3.1 Règles et comportements électoraux

Opinion publique

Consultation électorale

Partis politiques

Participation politique

On s'interrogera sur les formes de participation non conventionnelles (de type protestataire ou non protestataire) à partir de l'étude de l'action collective et de phénomènes de mobilisation susceptibles de déboucher sur l'émergence de mouvements sociaux.

3.2 Mobilisation et action collective

Mobilisation

Action collective

Mouvement social

Contre-pouvoirs

On explicitera la notion de citoyenneté qui intègre les dimensions politique, économique et sociale. On pourra prendre des exemples dans des domaines tels que le travail, la nationalité...

3.3 Citoyenneté et lien social

Insertion

Intégration

Solidarité

Identité nationale

On étudiera la dynamique de la vie politique comme espace de concurrence en vue de conquérir et/ou d'influencer le pouvoir.

On analysera, à partir de situations concrètes, les règles de la vie politique, le rôle des partis politiques et des groupes de pression, ainsi que les comportements électoraux déterminants.

Le rôle des moyens de communication de masse sera souligné dans la formation de l'opinion publique.

Conclusion

 

A travers l'étude des thèmes du pouvoir, de la démocratie et de la citoyenneté, on rappellera que la science politique, tant par ses méthodes que par ses outils, apporte, comme l'économie et la sociologie mais avec un éclairage spécifique, sa contribution à la compréhension de la réalité sociale.

Pour apprécier les acquis, on pourrait envisager :

- d'illustrer, à partir d'un objet d'étude donné (monnaie, socialisation, phénomènes migratoires...) l'apport spécifique de la science politique,

- et/ou de construire collectivement une définition provisoire de la discipline

 

Annexe 6 : PROGRAMME DE SCIENCES SOCIALES ET POLITIQUES EN TERMINALE - 2010

Préambule
Cet enseignement de spécialisation doit permettre aux élèves de se familiariser avec les apports des sciences sociales et politiques à la réflexion informée et critique sur l'évolution de la vie politique contemporaine en France et en Europe. S'inscrivant dans le prolongement de l'enseignement de la classe de première et en complément avec le programme spécifique de la classe terminale, ce programme de spécialisation est basé principalement sur les acquis de la science politique. Ouverte à l'influence d'autres modes de raisonnement des sciences sociales (l'histoire et la sociologie notamment), la science politique constitue une discipline propice à un enseignement de spécialisation susceptible d'aborder scientifiquement les questionnements contemporains. Cet enseignement suppose l'apprentissage des savoir-faire nécessaires à un travail sur les documents et données empiriques disponibles.
Les épreuves du baccalauréat portent sur l'intégralité du programme tel qu'il figure ci-dessous ; les indications complémentaires bornent ce qui est exigible.

1. Le système politique démocratique

Thèmes et questionnements

Notions

Indications complémentaires

1.1 Quelles sont les composantes institutionnelles des régimes politiques démocratiques ?

Régime parlementaire, régime semi-présidentiel, régime présidentiel.

 

Largement ouvert à des illustrations historiques et comparées, ce thème sensibilisera les élèves à la diversité des solutions constitutionnelles mises en œuvre dans les démocraties occidentales pour séparer le pouvoir exécutif du pouvoir législatif.
Acquis de première : État de droit.

1.2 Comment s'organise la compétition politique en démocratie ?

Pluralisme politique, modes de scrutin, parité, démocratie délibérative.

Centré sur le gouvernement représentatif, ce point permettra d'étudier les enjeux socio-politiques de la compétition électorale contemporaine. Une attention particulière sera accordée à la place des organisations partisanes et aux effets des modes de scrutin (majoritaire, proportionnel notamment) sur la sélection des gouvernants. On identifiera les biais liés au genre et la difficulté particulière rencontrée pour assurer une représentation équitable des deux sexes en politique. On s'interrogera sur les évolutions de la vie démocratique contemporaine en Europe et notamment les places respectives de la démocratie représentative et d'autres figures de la démocratie (participative, délibérative).
Acquis de première : démocratie représentative, démocratie participative.

1.3 Quelle est la contribution des organisations politiques au fonctionnement de la démocratie ?

 

Mobilisation électorale, société civile organisée, groupe d'intérêt.

 

On étudiera la contribution des partis politiques à la mobilisation des électeurs et à la politisation de ces derniers. On évoquera, à partir d'exemples historiques ou comparés, la contribution d'autres organisations (syndicats, associations, groupes d'intérêt) au fonctionnement des démocraties actuelles (coopération, contestation et influence).

2. La participation politique 

Thèmes et questionnements

Notions

Indications complémentaires

2.1 Quelle est l'influence de la culture politique sur les attitudes politiques ?

Culture politique, socialisation politique, comportements politiques.

On montrera que les attitudes politiques reflètent souvent des cultures politiques particulières mais aussi des modes de socialisation (primaire comme secondaire) spécifiques. La question de l'identification partisane et celle du clivage gauche/droite fourniront des illustrations simples de ces processus de formation des dispositions politiques.
Acquis de première : socialisation primaire, socialisation secondaire.

2.2 Quels sont les répertoires de l'action politique aujourd'hui ?

Répertoires d'action politique.

Tout en insistant sur l'importance de l'acte électoral et de son rituel, on proposera une conception ouverte de la notion de répertoire d'action politique ne se résumant pas à la pratique régulière du vote. On présentera notamment les dimensions individuelles comme collectives de l'action de protestation politique. L'évolution des répertoires d'action politique sera appréciée tant dans le temps long des transformations de l'ordre politique démocratique que dans le temps court de la conjoncture politique.

2.3. Comment expliquer le comportement électoral ?

Participation et abstention électorale, variables lourdes du comportement électoral, vote sur enjeu.

On analysera l'évolution des taux d'inscription sur les listes électorales, des taux de participation et/ou d'abstention et leurs déterminants sociaux et politiques. Les principaux résultats de la sociologie de l'orientation électorale seront présentés (poids de la variable religieuse, vote de classe, etc.). L'évocation de l'émergence d'un vote sur enjeu, influencé par les conjonctures politiques (campagnes électorales notamment), permettra de prendre la mesure de la volatilité électorale. La question de l'articulation entre médias, communication et vie politique sera également abordée afin de comprendre son éventuel impact sur les attitudes politiques (pratiques et opinions).

3. L'ordre politique européen 

Thèmes et questionnements

Notions

Indications complémentaires

3.1 Quel est l'impact de la construction européenne sur l'action publique ?

 

Principe de subsidiarité, gouvernance multi-niveaux.

On présentera les caractéristiques institutionnelles (Parlement européen, Commission européenne, Conseil européen) et politiques de l'Union européenne. À partir de quelques exemples, on présentera les effets de la construction européenne sur la conduite de l'action publique.
Acquis de première : action publique.

 

Savoir-faire applicables aux données quantitatives et aux représentations graphiques
L'enseignement de sciences sociales et politiques doit conduire à la maîtrise de savoir-faire quantitatifs, qui ne sont pas exigés pour eux-mêmes mais pour exploiter des documents statistiques.
Calcul, lecture, interprétation
- Proportions, pourcentages de répartition
- Moyenne arithmétique simple et pondérée, médiane, écart-type
- Mesures de variation : coefficient multiplicateur, taux de variation, indices simples et pondérés
- Taux de participation électorale
- Taux de mobilisation électorale
Lecture et interprétation
- Tableaux à double entrée
- Représentations graphiques : histogrammes, diagrammes de répartition, représentation des séries chronologiques
Savoir-faire applicables aux données quantitatives et aux représentations graphiques
L'enseignement de sciences sociales et politiques doit conduire à la maîtrise de savoir-faire quantitatifs, qui ne sont pas exigés pour eux-mêmes mais pour exploiter des documents statistiques.
Calcul, lecture, interprétation
- Proportions, pourcentages de répartition
- Moyenne arithmétique simple et pondérée, médiane, écart-type
- Mesures de variation : coefficient multiplicateur, taux de variation, indices simples et pondérés
- Taux de participation électorale
- Taux de mobilisation électorale
Lecture et interprétation
- Tableaux à double entrée
- Représentations graphiques : histogrammes, diagrammes de répartition, représentation des séries chronologiques
- Indice d'Alford
- Indice de volatilité électorale

ANNEXE 7 : Dissensions autour de l’HGGSP

La réforme du lycée prévoit la création d’un enseignement intitulé « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques ». Les enseignants de SES comme les enseignants d’HG estiment être en mesure de prendre en charge le dernier item, « Sciences Politiques ». En effet, les profs de SES ont beau jeu de rappeler que l’enseignement de sciences politiques fait pleinement partie de leur discipline puisqu’elle a constitué une option de 1995 à 2010 en classe de première et depuis 2010 en classe de terminale. Enseignement qui découle logiquement  du fait que de nombreux profs de SES viennent des facs de Droit et des IEP et que les sciences pos a longtemps été  une option au Capes de SES. De leur côté de nombreux historiens estiment que les sciences politiques ne sont pas sans liens avec l’Histoire politique (notamment si on songe aux questions de la formation de la Nation et de l’Etat). Mais il se produisit une étonnante dissonance chez les historiens. Alors que Franck Collard Président national de l’APHG (Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie), déclare : « La spécialité introduite en 1re à raison de 4 h puis en terminale à raison de 6 h, histoire-géographie-géopolitique-science politique, a toutes les chances de séduire nombre de lycéens. L’APHG estime qu’il faut s’en emparer dans un esprit novateur et original. Elle en réclame la détention intégrale, et légitimement, d’autres spécialistes susceptibles de vouloir y intervenir disposant déjà sans partage de leur propre spécialité. » (Éthique de conviction et éthique de responsabilité),  le collectif d’Historiens Aggiornamento signe avec l’Apses une lettre commune dans laquelle on peut lire « Les Sciences politiques sont en effet, aux côtés de l’économie et de la sociologie notamment, une des disciplines de référence de l’enseignement de Sciences économiques et sociales, au programme des concours de recrutement de ses enseignants, qui assurent d’ailleurs depuis plus de 20 ans l’option de Sciences politiques offerte aux élèves en classe de première puis de terminale ES. » et d’ajouter « l’Histoire-géographie et les Sciences économiques et sociales sont des disciplines d’égale dignité, complémentaires et non concurrentes ». Il y a bien à craindre que sans un cadrage national, les partages des enseignements au niveau local puissent donner le meilleur et le pire : ici des partages en plus ou moins bonne entente, là des guerres de tranchée. Mais ces frictions ressemblent à celles qui opposent des frères ennemis, en tout cas des membres d’une même famille.

 

ANNEXE 8 : LA SCIENCE POLITIQUE DANS LE PROGRAMME D’HGSP

Annexe 9 :

La Science Politique dans les programmes de SES Sciences économiques et sociales, enseignement commun 2019,

Classe de seconde

Comment s’organise la vie politique?-

+ Connaître les principales spécificités du pouvoir politique.

-Connaître les principales institutions politiques (rôle et composition) de la cinquième République et le principe de la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire).

-Comprendre comment les modes de scrutin (proportionnel, majoritaire) déterminent la représentation politique et structurent la vie politique

-Comprendre que la vie politique repose sur la contribution de différents acteurs (partis politiques, société civile organisée, médias).

 

 

Classe de première

Comment se forme et s’exprime l’opinion publique?-

- Comprendre que l’émergence de l’opinion publique est indissociable de l’avènement de la démocratie: d’abord monopole des catégories «éclairées», l’opinion publique est désormais entendue comme celle du plus grand nombre.

-Comprendre les principes et les techniques des sondages,et les débats relatifs à leur interprétation de l’opinion publique. -Comprendre comment le recours fréquent aux sondages d’opinion contribue à forger l’opinion publique et modifie l’exercice de la démocratie (démocratie d’opinion) et de la vie politique (contrôle des gouvernants, participation électorale, communication politique).

Voter: une affaire individuelle ou collective?

- Être capable d’interpréter des taux d’inscription sur les listes électorales, des taux de participation et d’abstention aux élections.

-Comprendre que la participation électorale est liée à divers facteurs inégalement partagés au sein de la population (degré d’intégration sociale, intérêt pour la politique, sentiment de compétence politique) et de variables contextuelles (perception des enjeux de l’élection, types d’élection)

-Comprendre que le vote est à la fois un acte individuel (expression de préférences en fonction d’un contexte et d’une offre électorale) et un acte collectif (expression d’appartenances sociales).

-Comprendre que la volatilité électorale revêt des formes variées (intermittence du vote, changement des préférences électorales) et qu’elle peut refléter un affaiblissement ou une recomposition du poids de certaines variables sociales, un déclin de l’identification politique (clivage gauche/droite notamment) et un renforcement du poids des variables contextuelles

 

Annexe 10 : Quelles sciences sociales ?

Quelles sont les disciplines qui constituent le domaine des sciences sociales ? Quels sont les objectifs que poursuivent les spécialistes de ces diverses disciplines ? (…)

Une discipline, la démographie, a pour objet l'étude des populations.(…) Les sciences économiques forment de même un secteur des sciences sociales dont chacun entend parler aujourd'hui, presque quotidiennement. (…) Une société ne se constitue et ne se maintient que si elle est organisée ; c'est ainsi que toute société se donne une armature politique, juridique et administrative. A ces divers modes d'organisation correspondent des disciplines particulières : sciences juridiques, sciences politiques, (…) On peut reconnaître, à l'intérieur de la réalité sociale, un dernier palier, celui de la culture. Au sens où nous entendons ici ce terme, la culture, c'est ce qu'on a appelé l’« outillage mental d'une société », c'est-à-dire le langage, les traditions et coutumes, les mentalités, les modèles de comportement, etc. Diverses disciplines ont pour objet l'étude de l'ensemble ou d'un aspect particulier de ce palier de la réalité sociale ; mentionnons la linguistique, les sciences folkloriques, l'ethnologie, (…) On ne peut pas rattacher à l'un ou à l'autre des paliers de la réalité sociale les trois disciplines que nous considérons avant de clore notre inventaire : la sociologie, la psychologie sociale et l'histoire.(..)

(Yves Martin : “Le domaine des «sciences sociales».” - Article publié dans L’Étude de la Société, Section 1: “L’objet des sciences sociales”, pp. 11-15. «  Les Presses de l’Université Laval », 1965)

 

Annexe 11 : L’EMC dans les nouveaux programmes

Le programme d’EMC proposé en classe de première pour l’année 2019 est probablement la meilleure illustration du mauvais sort fait aux SES. Rappelons que l’EMC est supposé pouvoir être pris en charge par des enseignants de toutes disciplines or ce programme relève seulement et exclusivement des SES. On pourrait recopier l’intégralité du programme pour le montrer. Contentons nous des exemples les plus flagrants :

- L’évolution des mœurs et des institutions de socialisation (famille, État, École, religion, organisations syndicales,...)

-Le chômage et les transformations du monde du travail.

-Les mutations des systèmes de solidarité (assurance chômage, sécurité sociale, régimes de retraite,...).

-Le repli sur soi (repli sur la sphère privée, sur les liens communautaires, ...)

-Pratiques solitaires de consommation et isolement (jeux vidéo,...).

-Remise en cause de la solidarité intergénérationnelle. (…)

-L’égalité entre les hommes et les femmes: orientation, formation, travail, emploi, salaire, représentation, reconnaissance(…)

- La recherche de nouveaux liens sociaux: clubs, associations, réseaux sociaux, universités populaires, réseaux d’entraide et bénévolat.

-Raffermissement et renouvellement des liens sociaux en milieu rural(…)

- Développement de l’économie sociale et solidaire.- (…)

-Reconfiguration du paysage politique (mouvements politiques / partis politiques) et du paysage syndical.-(…)

Socialisation, chômage, systèmes de solidarité, liens sociaux, liens communautaires, égalité hommes-femmes, syndicalisme, économie sociale et solidaire,… autant de thèmes et de concepts qui sont au cœur de l’enseignement en SES depuis 50 ans ! Alors que l’auteur de ces lignes cherche toujours à mettre en évidence la complémentarité entre HG et SES, pour ce cas, on est bien obligé de dire que seuls les enseignants en SES ont la formation et l’expérience nécessaires à l’enseignement de ces thèmes.

 

ANNEXE 12 : L’EMC POUR LES NULS !

Bien qu’élaboré par de doctes universitaires, le programme d’EMC de première montre une profonde et surprenante ignorance des sciences sociales. En effet, les auteurs écrivent ceci : « Dans sa définition communément admise, la société désigne une association d’individus organisée, sous l’égide d’un État, autour d’institutions communes (économiques, politiques, juridiques, etc) »

Apparemment, personne dans le groupe de discussion des programmes ne savait qu’il existe des sociétés sans Etat, ce qui est d’ailleurs le cœur du travail des ethnologues et anthropologues.

Informé, Jean Loïc Le Quellec - anthropologue, directeur de recherche au CNRS, auteur du « Dictionnaire critique de mythologie »,  (CNRS Éditions, 2017) et impliqué dans le projet « Anthropologie pour tous » (avec le lycée Le Corbusier d’Aubervilliers) - a diffusé le message suivant sur FB : 

Disons le, une telle énormité révèle à la fois une inculture dans le domaine des sciences sociales et peut être une remontée de l’ethnocentrisme augurant mal de l’avenir. (PS : les protestations ont-elles eu leur effet? Cette défintion a finalement été retirée de la version finale du programme)

 

Annexe 13 : Les SES, filles ignorées de l’Histoire ?

Où en sont nos rapports avec l’Histoire-Géographie ?

Le lien ne doit pas être rompu car il n’y a pas de compréhension possible des phénomènes économiques et sociaux sans prise en compte de leur profondeur historique (même si nous sommes aujourd’hui dans la situation d’une domination d’une approche de l’économie a-historique et purement axiomatisée). Lorsque nous parlons de bulle financière nous devons faire un bref retour en arrière vers 1987, un plus lointain vers 1929 ou encore plus lointain au 17è siècle en évoquant la « tulipomania ».  Les analyses d’économises parmi les plus importants sont imprégnées d’Histoire (à l’image de « l’argent » ou de « Brève histoire de l’euphorie financière » de J.K. Galbraith). De même il n’est pas possible de parler de classes sociales ou de conflits sans remonter dans le temps (Charles Tilly). Pourtant, si l’Histoire est indispensable à l’analyse économique, elle ne saurait suffire à celle-ci (même si on peut retenir les cas spécifiques des historiens économistes comme Patrick Verley ou Paul Bairoch ou les analyses  de la « New Economic History » de Norh ou de Fogel ).

Les problèmes de frontières sont probablement plus prégnants encore pour ce qui est de la sociologie : Paul Veyne,  dans « Comment on écrit l’Histoire », n’est pas du tout gêné par l’existence d’une économie néo classique très mathématisée qui ne dérange pas l’historien mais excessivement sévère à l’égard de la sociologie, allant jusqu’à déclarer que la seule bonne sociologie n’est que de l’Histoire qui n’en porte pas le nom. Il est vrai que la sociologie peut devenir partie prenante de la planète de l’Historien : le livre, pour moi majeur, d’Edgar Morin, « La métamorphose de Plozevet » qui analyse l’entrée dans la modernité d’un village breton ne pourrait-il pas être qualifié aujourd’hui de livre d’Histoire ? Et  « La seconde Révolution Française » de Mendras analysant le changement social de 1965 à 1985 fait elle partie du corpus du sociologue ou de celui de l’Historien ? Certainement des deux, du moins on l’aimerait. En retour, « La fièvre hexagonale » de Michel Winock devrait pleinement faire partie de toute bibliothèque de profs de SES.

Evidemment, il est possible de rétablir des frontières en s’appuyant sur la différence de méthodes de recherche privilégiées, le travail d’archives pour l’Historien, l’enquête (entretien, observation participante,…) pour le sociologue et la modélisation pour l’économiste. Ces différences maintes fois répétées et à nuancer de plus en plus (regardons par exemple l’avancée des expérimentations en économie) concernent la recherche mais pas l’enseignement en secondaire.

Au lycée un certain nombre d’échanges ne pose pas de problèmes. En tant que prof de SES, nous pouvons nous tourner sans problème vers nos collègues d’Histoire quand il s’agit d’avoir une précision sur la société du 19ème siècle et les analyses de Mancur Olson sur le conflit social ne leur font pas d’ombre. Mais pour bien des sujets, les recoupements et les chevauchements sont nombreux.

Ainsi, les profs de SES sont susceptibles de présenter les travaux de Karl Polanyi sur  les différents modes de transfert des richesses (marché, redistribution, réciprocité) ou sur ses analyses de la monnaie (« monnaie tous usages » / « monnaie à usages spécifiques »), analyses qui imposent de combiner les approches économiques, politiques, sociologiques et ethnologiques. Mais il suffit de feuilleter « commerce et marché dans les premiers Empires » pour voir la place qu’y occupe l’Histoire (« Le commerce sans marché au temps d’Hammourabi », « Vue d’ensemble sur l’Histoire Economique de la Mésopotamie », « Les enclaves des ports de commerce dans les civilisations Aztèque et Maya »,…) au côté de l’analyse économique (« L’économie en tant que procès institutionnalisé », « L’économie n’a pas de surplus : critique d’une théorie du développement », « Un mauvais usage de la théorie économique : son application à la société primitive »...), de la sociologie (« La sociologie et la conception substantive de l’économie », « L’économie selon Parsons et Smelser ») ou de l’anthropologie.

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