Marshall SAHLINS : CRITIQUE DE LA SOCIOBIOLOGIE – NRF Gallimard – 1980 – 1ère éd. US – 1976)

CRITIQUE DE LA SOCIOBIOLOGIE
(Marshall Sahlins – NRF Gallimard – 1980 – 1ère éd. US – 1976)

       

     Paru un an après l’ouvrage de E.O. Wilson, ce livre se veut une critique e la sociobiologie. Il est à lire en contrepoint de l’ouvrage de Christen, « L’heure de la sociobiologie ».

            Sahlins distingue deux types de sociobiologie
La première, la « sociobiologie vulgaire », consiste à rendre compte du comportement social humain comme étant l’expression des besoins humains. Il existerait alors une correspondance terme à terme entre les propensions biologiques et les propriétés des systèmes sociaux. Mais il n’y a pas de relation nécessaire entre la manifestation d’une institution et les motivations qui l’ont fait naître. Par exemple, il y a toutes sortes de motivations différentes à la base de l’agression, de même le Don peut relever de l’altruisme comme de l’agressivité (Potlatch). Ce que la sociobiologie vulgaire ignore, c’est qu’entre le biologique et le social s’insère la Culture qui est symbolisation et interprétation et est donc une cause d’indétermination. La sociobiologie ignore la signification de l’acte humain.
            Cette sociobiologie vulgaire est au fondement de la deuxième version, la « sociobiologie scientifique ». Cette dernière essaie de montrer que le comportement social est justiciable de principes évolutionnistes valides, notamment le principe de maximisation du génotype.

            Sahlins va critiquer la « sociobiologie scientifique » en s’attaquant à son principe de « sélection de parenté ». Selon ce principe, le comportement social est déterminé par la nécessité de maximiser le potentiel reproductif, l’important est alors de transmettre le maximum de se gènes. Les sociobiologistes expliquent ainsi les comportements altruistes(1).
Sahlins critique cette thèse en montrant que :
+ La majorité des faits sociaux relevés par l’ethnographie représente des contre exemples à la « sélection de parenté ».
+ De plus, ces thèses réclament que les individus reconnaissent ceux qui leurs sont génétiquement proches. Comment font-ils ?
+ Les sociobiologistes considèrent souvent que si les résultats de leurs modèles sont vérifiés c’est que les hypothèses sont bonnes, sans vérifier si d’autres hypothèses ne donnent pas les mêmes résultats.
+ La parenté n’est pas un fait biologique mais d’abord un fait culturel, caractéristique des sociétés humaines. Les hommes ne se définissent pas d’abord par leurs attributs physiques mais par leurs propriétés symboliques.

            Sahlins reproche également aux sociobiologistes de dévoyer le concept darwinien d’évolution.
+ La notion de maximisation du pool génétique utilisé par les sociobiologistes n’a aucun sens dans l’évolution darwinienne puisque l’adaptation dépend du contexte en question.
+ La sociobiologie inverse le rapport entre l’organisme et la sélection : dans ce cadre, c’est l’organisme qui essaie de maximiser sa situation et se sert de la sélection pour cela. Dans le cadre darwinien, l’organisme est l’objet de la sélection.
+ Il en ressort que la sociobiologie devient une « théorie irréfutable » (au sens de Popper).
+ Les travaux des sociobiologistes sont clairement ethnocentristes.
            En fait, la sociobiologie est le dernier avatar d’échanges qui se font depuis deux siècles entre la biologie et les sciences sociales. Sahlins date le début de ces échanges du 17ème siècle et de Hobbes : la société selon Hobbes, dans laquelle « l’homme est un loup pour l’homme », est une représentation de la société individualiste naissante mais Hobbes la présente comme un « état de Nature ». Sahlins remarque la représentation de la société par Hobbes constitue un « mythe d’origine » tout à fait particulier car, alors que la majorité des sociétés se donnent une origine religieuse, Hobbes donne une origine sauvage à la société. Plus tard, Smith fera une présentation sociale des idées de Hobbes puis Darwin fera une représentation naturalisée de Smith(
2) (représentation qui, comme l’a remarqué Karl Marx, correspond à la description victorienne de la société. Sumner réappliquera Darwin dans la société(3) et Wilson réinvente Sumner dans la nature.

(1) Pour plus de précisions, voir la note de lecture sur Y. Christen : « L’heure de la sociobiologie ».

(2) En réalité, il se référera surtout à Malthus.

(3) Maine de Sumner, juriste et sociologue, est connu pour avoir développé la différence entre statut et contrat.

 

 

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