CROISSANCE ET DEVELOPPEMENT

 

CROISSANCE, DÉVELOPPEMENT, DÉVELOPPEMENT DURABLE.

(niveau terminale)

(déjà publié dans IDEES n°142 – Décembre 2005)

 

COMMENTAIRES :

            Ce texte est destiné aux élèves de terminale (chapitre sur la croissance)

Je demande aux élèves de répondre aux questions eux-mêmes en s’aidant des données statistiques du manuel. Cela permet de confronter les données de « sens commun » (la vie d’Antoine) aux données statistiques globales. Dans ce cas précis, j’ai utilisé le manuel Bordas de terminale

 

            1959, le jeune Antoine D. a 14 ans. Né en 1945, il fait donc partie des tout premiers “baby-boomers”. Il vit à Paris avec son père, petit employé, et sa mère, femme au foyer comme les deux-tiers des femmes françaises à l’époque.

            Tous les soirs, il doit descendre cinq étages pour aller à la cave chercher le seau de charbon nécessaire à l’entretien du chauffage. Ses soirées se passent à lire ou à écouter les aventures de la famille Duraton à la radio ; à cette époque, à peine plus d’un ménage sur dix (les plus aisés) possédait la télévision mais il lui arrivait de descendre chez le fils du médecin pour regarder les émissions du Jeudi après-midi (à l’époque, le Jeudi est le jour de congé des écoliers) et, là, il retrouve la bande de gamins du quartier.

            Le père d’Antoine D. rêve d’acquérir une automobile mais c’est un luxe réservé à un quart de la population (des professions libérales, des cadres supérieurs mais aussi quelques agriculteurs exploitants). Difficile à l’époque de penser que quelques trente ans plus tard, 75% des ménages seraient propriétaires d’une automobile). Pourtant ce serait l’idéal pour lui afin de profiter de ses trois semaines de congés payés (depuis 1956) mais il est sûr qu’avant l’âge de la retraite (65 ans à l’époque), il pourra avoir cette automobile.

            Antoine D., lui, ira à l’école jusqu’à l’âge de 14 ans avant d’entrer en apprentissage ou, peut-être, jusqu’au baccalauréat si ses résultat continuent à être aussi bons  mais il n’a pas grand espoir : sur 100 enfants de sa génération, seuls  11 décrochent ce précieux diplôme (ils seront 60 en 1999 tous bacs confondus, y compris les bacs professionnels).

            Aujourd’hui, à 55 ans, Antoine est cadre dans une grande entreprise et prendra sa retraite dans cinq ans. Depuis peu, il ne travaille que 35 heures par semaine et il dispose de cinq semaines de congés payés. Son temps libre, il le passe entre son ordinateur, les films et documentaires qui passent sur l’une des multiples chaînes qu’il capte via le câble (cela lui fait parfois penser que, dans son enfance, il n’y avait qu’une seule chaîne dont les programmes commençaient aux alentours de midi et se terminaient vers 23 heures, sans émissions entre 14 et 19 heures), les “e-mails” aux amis, les opéras qu’il écoute sur sa chaîne hi-fi (il pense avec amusement que son père lui avait refusé l’achat d’un “Teppaz” ; “La musique ne sert à rien !” disait-il).

            Sa femme est secrétaire dans une administration et leurs deux salaires leur permettent de vivre convenablement. Malgré la crise économique qui sévit depuis bientôt trente ans, son niveau de vie est notablement plus élevé que celui de son père. Il faut dire, qu’ayant pu faire des études jusqu’à l’âge de vingt ans, il n’a eu aucune peine à trouver son premier emploi en 1966 (soit sept ans avant le début de la crise économique). Son fils, en revanche, qui est né en 1968 (quelle année dans la vie d’Antoine !), a eu beaucoup plus de mal, malgré sa licence de droit, à trouver un emploi au milieu des année 90 (probablement la pire période de crise pour les jeunes).

            Antoine a la chance de faire partie de la génération qui a connu la pus forte progression de son niveau de vie dans toute l’Histoire humaine. De son point de vue, Antoine peut expliquer l’augmentation de son niveau de vie par l’augmentation de son revenu par rapport à celui de son père, augmentation consécutive à sa propre réussite scolaire, mais également par l’apport de salaire de sa femme. Cependant, cette explication ne suffit pas au niveau collectif : comment la majorité des français ont ils pu s’enrichir entre 1945 et aujourd’hui ? Cela s’explique par les progrès de la croissance économique, c’est à dire de l’activité économique. En effet, depuis deux siècles, la fourniture de biens et services, marchands et non marchands, ne cesse de croître et cet accroissement a été particulièrement fort durant les “trente glorieuses” puisque le P.I.B. (Produit Intérieur Brut) a augmenté de 4 à 5% par an durant cette période. En quoi cette croissance économique est elle facteur d’enrichissement ? Elle l’est de deux manières.

Premièrement, elle permet de fournir les biens et services que les gens désirent : alimentation, automobiles, ordinateurs, voyages mais aussi services financiers et services non marchands fournis par l’Etat (écoles, hôpitaux,...). D’autre part, toute production entraînant l’utilisation de facteurs de production (dont le travail et le capital), implique une distribution de revenus dans l’économie (revenus du travail, revenus du capital, revenus mixtes) et permet à l’Etat d’effectuer des prélèvements obligatoires pour financer ses activités. Tous ces revenus proviennent de la Valeur ajoutée. Traditionnellement, on calcule la croissance économique à partir d’un agrégat significatif, en général le PIB ou le PNB, lui même calculé à partir de la Valeur Ajoutée.

            Nous avons vu que cette croissance économique vient de l’utilisation des facteurs de production. Pour être plus clair, imaginons que des élèves décident de repeindre les classes du lycée (repeindre la classe constitue donc la production considérée). Il leur faudra pour cela des facteurs de production : du capital (les pinceaux, les pots de peinture,...), des consommations intermédiaires (la peinture), et du travail (dans la réalité, on peut également ajouter la terre, notamment pour l’activité agricole). Plus il y aura d’élèves (et donc de force de travail), plus il y aura de classes peintes (donc de production) ; mais également, plus il y aura de pinceaux disponibles, plus la production pourra augmenter. On voit donc que la production peut augmenter avec l’augmentation des facteurs de production. Cependant, il est possible que, sans élèves en plus, le nombre de classes peintes augmente (on pourra peindre plus vite par exemple) ; on aura alors une augmentation de la productivité ; cette productivité aura trois sources possibles :

- Elle peut venir avant tout du travail : les élèves peignent plus vite parce qu’on leur a promis une prime (ou des coups de pied aux fesses) ou parce qu’ils ont acquis une qualification (il est sûr que des élèves ayant une formation dans le bâtiment seront plus efficaces que des élèves de terminale E.S.).

- Elle peut venir du capital : les pinceaux ont été remplacés par des pistolets à peinture.

- Elle peut venir de l’organisation du travail : les élèves se sont organisés, se bousculent moins ; les activités se succèdent mieux.

            Donc , une croissance économique peut provenir essentiellement de l’apport de facteurs de production ; par exemple, le doublement du nombre de travailleurs et du nombre d’outils entraîne un doublement de la production : on parlera alors de croissance extensive. Son origine peut aussi être due pour l’essentiel à la productivité : le même nombre de travailleurs produit deux fois plus qu’auparavant. On parle alors de croissance intensive. Ainsi, la croissance des Pays Industrialisés au 19ème siècle a été plutôt extensive ; même s’il y a eu des progrès techniques importants, la croissance a été surtout due à l’apport de main d’œuvre : ruraux ruinés, femmes, enfants. En revanche, au cours du 20ème siècle et surtout depuis 1945, la croissance a été intensive : le PIB a fortement augmenté alors que la population active a faiblement augmenté et que la durée du travail sur la semaine a baissé, qu’on prend plus de congés, qu’on entre sur le marché du travail plus tard et qu’on prend sa retraite plus tôt (tout cela sans baisse de niveau de vie, évidemment). Mais la croissance n’est pas seulement due à ces facteurs d’offre ; il faut également une demande pour écouler la production : consommation des salariés, investissement des entreprises, dépenses de l’Etat, exportations.

            Les effets de la croissance économique ne sont pas seulement quantitatifs ; en effet, l’amélioration du niveau de vie des français a entraîné des transformations structurelles de la société. Antoine le sait plus ou moins confusément, il lui suffit pour cela de comparer son environnement en 1958 et aujourd’hui : les femmes sont plus souvent actives, la scolarité est plus longue (comme nous l’avons déjà vu). Ses dépenses sont toujours consacrées, pour une bonne part, à l’achat de produits alimentaires mais il achète, beaucoup plus que ne le faisait son père, des biens manufacturés et surtout des services ; ce phénomène, visible sur deux générations, avait déjà été mis en évidence au 19ème siècle par l’économiste allemand Engel (qui a élaboré la loi du même nom). De même, il lui suffit de se promener le Week-End pour constater que la campagne française n’est plus celle de son enfance : l’agriculture s’est modernisée et emploie beaucoup moins de main d’œuvre qu’autrefois. En contrepartie, il y a, en ville, beaucoup plus de personnes travaillant “dans les bureaux” et ses amis d’enfance qui, pour beaucoup, sont devenus ouvriers lui expliquent qu’ils sont de moins en moins nombreux depuis le début de la crise. (1) (2) (3)

 

            Le PIB est plus ou moins élevé suivant les pays, ce qui a permis de les regrouper par grandes catégories : traditionnellement, on distingue les PDEM (pays développés à économie de marché) des pays du “tiers-monde” (dont les pays “sous-développés” puis “pays en développement“). Le problème est que cette dernière catégorie regroupe des pays qui, s’ils étaient dans des situations assez proches dans les années 50, présentent aujourd’hui des différences énormes en termes de PIB. La Banque Mondiale s’est donc proposée de construire des “sous catégories” : “pays à faible revenu” et “pays à revenu intermédiaire”. L’ONU, quant à elle, propose les classifications suivantes : “NPI” (nouveaux pays industrialisés), pays de l’OPEP, PMA (Pays les Moins Avancés). Cependant, vue la diversité des situations dans le cadre du “Tiers Monde”, on prend de plus en plus de recul vous-même de ces classifications : il faut donc les envisager comme des outils pratiques et non comme des réalités intangibles. Toutefois, un certain nombre de traits structurels sont généralement associés à un faible niveau de développement : une mortalité et une fécondité forte, une sous-nutrition et une malnutrition, une analphabétisme important, une statut de la femme dévalorisé, un secteur primaire important et une faible industrialisation. (4)

En plus des P.E.D. (pays en développement), il faudrait ajouter les pays qui ont connu un système de planification centralisée (ex “pays socialistes“) et qui essaient de passer  à un modèle de marché : on parle alors de “pays en transition” et on utilise l’appellation “PECO” (Pays d’Europe Centrale et Orientale).

 

            La croissance est une condition nécessaire à l’amélioration du niveau de vie des hommes ;

mais il ne faut pas faire une erreur fréquente qui consiste à confondre la croissance économique et le Bien-Être, l’enrichissement et la qualité de la vie ou le niveau de vie et le genre de vie (5) car il faut prendre en compte d’éventuels “dégâts du progrès” liés  à la croissance : la pollution, l’encombrement sur les routes, l’éloignement du lieu de vie et du lieu de travail, les dégâts sociaux (alcoolisme, toxicomanie, suicide,...) qui peuvent être, dans certains cas, liés à la croissance économique. Il ne faut pas oublier non plus que la croissance économique n’existe que parce qu’il y a une demande insatisfaite et que “l’insatisfaction du consommateur” est un des moteurs essentiels de l’activité économique.

De plus, si la croissance est une condition nécessaire à l’augmentation du niveau de vie, elle n’en est pas pour autant une condition suffisante : encore faut il que les “fruits de la croissance” soient correctement répartis. Certains pays peuvent parfaitement avoir un PIB élevé et, à cause d’une mauvaise répartition de la valeur ajoutée, avoir des inégalités criantes, une faible scolarisation de la population, des conditions de vie médiocres pour le plus grand nombre (c’est typiquement le cas de certains pays producteurs de pétrole et de certains secteurs de la société américaine).

Aussi faut il distinguer la notion de croissance économique du “développement économique”.

Par son aspect qualitatif, il est par définition, difficile d’évaluer le niveau de développement d’un pays. Cependant le PNUD s’y est essayé en construisant un nouvel indicateur : “l’Indice de Développement Humain” (IDH) (construit à partir des recherches du prix Nobel Amartya Sen). Il s’agit d’un indice composite construit à partir de trois données de base : le PIB/tête ; le taux d’alphabétisation de la population et la moyenne de la durée d’études ; l’espérance de vie à la naissance. La première composante (PIB/t) permet d’avoir une bonne idée de la  « richesse » potentielle du pays. Le deuxième (taux d’alphabétisation et durée des études) donne une idée de la manière dont le PIB est utilisé et rappelle que le savoir est un élément fondamental de la croissance des pays et de la liberté des individus. La troisième composante (espérance de vie à la naissance) donne une bonne idée des conditions de vie de la population. Ainsi, si un pays a un PIB/t élevé et une espérance de vie faible, il y a fort à parier que la mortalité infantile y est forte, que les conditions de vie en général sont dégradées et que les inégalités sont fortes. L’IDH sera un chiffre se situant entre 0 et 1 : plus on se rapproche du 0 et plus le développement peut être considéré comme faible ; plus il se rapproche de 1, plus on peut considérer que les conditions de vie du pays sont bonnes. Le classement général de l’IDH apporte peu de choses : les PDEM à fort PIB sont aussi ceux qui ont l’IDH le plus élevé. En revanche, certaines comparaisons détaillées sont intéressantes : certains à PIB élevé ont un IDH plus faible que ce qu’on attendrait a priori ; à l’inverse des pays à faible PIB ont un IDH plus élevé que ce qui était attendu. Cela montre que le PIB ne suffit pas en vous-même, il faut également tenir compte de la façon dont les fruits de la croissance sont répartis. (6)

 

            Toutefois, la croissance économique, tant recherchée depuis des décennies par ses effets positifs sur le niveau de vie et sur l’emploi, inquiète de plus en plus car elle s’accompagne de dégâts environnementaux. Nous avons déjà vu les “désagréments” au niveau individuel (stress,...) qui accompagnent la croissance. Il faut ajouter les dégâts au niveau collectif et notamment ceux qui touchent l’environnement. Dès 1972, des experts regroupés dans ce qu’on a appelé à l’époque le “Club de Rome”, s’inquiétèrent de l’épuisement des ressources naturelles : si la croissance économique continue à cette allure, disent ils, nous n’aurons bientôt plus suffisamment de ressources naturelles et ils évaluent les ressources en aluminium à 100 ans, en pétrole à 31 ans, en cuivre à 36 ans,... (compte tenu des réserves connues à l’époque et sous l’hypothèse que la croissance économique se maintienne au taux du début des années 70). A l’évidence, ces prévisions catastrophistes ne se sont pas avérées pour  plusieurs raisons : d’abord parceque de nouvelles sources d’approvisionnement ont été découvertes ou exploitées (comme le pétrole de la mer du Nord), ensuite parce que la croissance a ralenti dès 1973 ; il faut ajouter à cela que les mécanismes de marché font que, face à la rareté d’une ressource et à l’augmentation de son prix, on recherche d’autres sources d’approvisionnement (comme le recours au nucléaire face à une augmentation du prix du pétrole). Toutefois, le “club de Rome” a eu le mérite de mettre l’accent sur le fait que la nature n’est pas inépuisable.

Il faut également tenir compte des rejets : pollution de l’air et de l’eau qui peuvent entraîner des maladies et des troubles respiratoires ; ce qui est à prendre en compte aussi bien dans les PDEM, dans le cadre des “pics de pollution” dans les grandes villes que dans les P.E.D. où la pollution de l’eau par les déchets issus notamment de l’agriculture est un facteur de morbidité et de mortalité important.

Dans le cadre particulier du nucléaire se pose le problème du traitement des déchets qui resteront radioactifs pendant plusieurs milliers d’années.

Mais de plus en plus, on s’inquiète de “l’effet de serre”. Au départ, il s’agit d’un phénomène naturel et nécessaire : la chaleur engendrée par le rayonnement solaire est renvoyée par la surface de la terre sous la forme de rayons infra-rouges, lesquels sont “bloqués” au niveau atmosphérique ; ce mécanisme contribue à augmenter la température terrestre qui, sans effet de serre, serait de 18 degrés inférieure à ce qu’elle est. Le problème est que cet “effet de serre” est renforcé par l’activité humaine et notamment par l’émission de “gaz à effet de serre” (gaz carbonique et méthane) : 40% de ces émissions sont dues à la production d’électricité par les centrales à charbon, à pétrole et à gaz. Le reste est du à l’activité industrielle, aux systèmes de chauffage, aux transports à essence, à la déforestation,... Le réchauffement qui en résulte a des conséquences désastreuses : depuis 1861, la température moyenne a augmenté de 0,6° centigrades et devrait augmenter de 1,4° à 5,8° C d’ici à 2100. Cela provoque la fonte des glaciers et la montée du niveau des mers (de 10 à 12 cm depuis 1900 ; de 9 à 88 cm d’ici 2100). Les précipitations devraient augmenter et il en résulte une transformation du climat : les pays du tiers-Monde subiront un accroissement des inondations et des sécheresses, le paludisme et le choléra risquent d’augmenter, on peut s’attendre à des phénomènes de désertification, de disparition d’îles et de barrières de corail, d’augmentation du nombre de cyclones tropicaux, de disparition d’espèces animales et végétales,...

De même, l’utilisation de gaz à CFC (chlorofluorocarbones) dans les systèmes de réfrigération et dans les aérosols, entre autres,  est la cause de la diminution de la couche d’ozone. La couche d’ozone stratosphérique nous protège des rayons UV (ultra violets) du soleil. Une diminution de cette couche d’ozone pourrait  être responsable d’une augmentation des risques de brûlure de la peau, des cas de cancer ainsi que d’une réduction de la quantité de phytoplanctons avec des conséquences sur la chaîne alimentaire.

Une des conséquences majeures à long terme de “l’effet de serre” et de la diminution de la couche d’ozone est la disparition d’espèces animales et végétales qui aboutirait à une réduction de la biodiversité. Or, la diversité des espèces (ainsi que la diversité génétique) est essentielle car elle permet de faire face à des aléas futurs : telle espèce végétale se développant aujourd’hui peut très bien être incapable de survivre à des transformations ultérieures du climat. Mais il faut voir que cette réduction de la diversité est aussi due à l’action humaine qui privilégie certaines espèces animales (dans un but de rentabilité, par exemple) et abandonne les autres.

            L’apparition de maladies nouvelles peut également être lié à l’activité économique. La “maladie de la vache folle” en est un bon exemple. Sans entrer dans les détails d’un problème très complexe, on peut dire que cette maladie semble transmissible à l’homme sous la forme de “maladie de Creutzfeldt-Jakob”, maladie ancienne mais qui touche maintenant les sujets jeunes alors qu’autrefois elle ne touchait que les personnes âgées. On sait que la transmission de la maladie aux bovins est liée à leur alimentation (les fameuses “farines animales”) mais contrairement à une légende tenace, ce n’est pas du au fait qu’on aurait “transformé des herbivores en carnivores”, légende soigneusement entretenue par les médias. En effet, les protéines animales sont données aux porcs depuis 1865 et aux bovins depuis les années  30. Cependant, ces farines animales étaient cuites à très haute température, ce qui détruisait le “prion”, agent de transmission de la maladie (prion dont on ignorait alors l’existence). Il se trouve que, dans les années 80, il y a eu au Royaume-Uni un changement dans les procédés de fabrication, dans le but de réduire les coûts de production avec, notamment, une réduction de la température de cuisson, ce qui a permis aux “prions” de se maintenir.

            Enfin, des inquiétudes récentes sont liées à la génétique. On s’inquiète par exemple des risques de dissémination d’OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) dans la nature. Ces OGM sont par exemple des maïs plus résistants que les espèces traditionnelles. Le problème est qu’on ne sait pas quels seront les effets à long terme pour la santé humaine de l’ingestion de maïs dont le patrimoine génétique a été modifié. De plus, le pollen de certaines plantes, quand elles sont cultivées en plein air, peut se répandre dans les champs voisins et entraîner des modifications dans les espèces végétales qui sont cultivées. Quels en seront les effets ? On n’en sait rien.

 

            Tous ces problèmes ont amené à l’élaboration de la notion de “Développement durable”, c’est à  dire le “développement qui répond aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations à venir à satisfaire leurs propres besoins”. Le problème consiste donc à avoir le maximum de croissance tout en transmettant un patrimoine commun aux générations futures et cela suppose une prise de conscience et la mise en pratique de nouveaux comportements. Le problème est que l’environnement constitue un “Bien Collectif” et qu’il est donc difficile de se référer à la seule logique de marché qui est efficace dans le cas des biens individuels. Par exemple, on ne peut pas compter sur la seule bonne volonté des entrepreneurs pour utiliser des techniques de production moins polluantes si cela implique une augmentation des coûts de production qui le rendra vulnérable face à la concurrence. De même, un pays ne peut pas s’engager seul à réduire sa croissance si les autres ne le font pas. Cela suppose donc une concertation et une intervention des autorités.

 

            Quels sont les moyens d’action dont disposent ces autorités ? On peut avoir recours aux réglementations et aux normes, toujours difficiles à contrôler. On peut imposer des taxes sur les produits polluants afin d’en réduire la consommation (écotaxes) mais cela suppose l’existence de produits de substitution. On peut, à plus long terme, changer les modes de production et de consommation afin de faire des économies d’énergie.

Au niveau international, une voie originale est proposée par les économistes, celle des “droits à polluer”où une instance internationale accorde à chaque pays un certain “droit de pollution” résultant de son activité économique. Ainsi, un PDEM ayant déjà une forte activité polluante devra restreindre son activité économique ou trouver des techniques de production moins polluantes alors qu’un P.E.D. aura la possibilité d’augmenter sa croissance même si cela pollue (avec éventuellement des firmes venues d’un PDEM). Mais, en plus, on mettra en place une “bourse aux droits à polluer” : plutôt qu’augmenter leur activité économique, certains PED pourront revendre leurs “droits à polluer” à un PDEM à un prix qui dépendra de l’offre et de la demande en vigueur. Au niveau mondial, cela ne devrait pas changer la  pollution globale.

 

            Face à cette situation préoccupante, différents sommets ont eu lieu : à Rio en 1992, Kyoto en 1997 et Bonn en 2001. Le sommet de Kyoto prévoyait que l’Europe réduise d’ici 2010 ses émissions de gaz à effet de serre de 8% (par rapport au niveau de 1990), les Etats-Unis devant les réduire de 7%. En 2001, George Bush a dénoncé cet accord en déclarant que les USA ne pouvaient accepter un ralentissement de leur croissance économique. (7) (8)

 

            Antoine D. referma son journal en poussant un soupir : “Décidément, il ne comprenait pas grand chose aux problèmes économiques mais il se souvenait qu’un jour, un penseur avait qualifié l’économie de “science lugubre” (9). Pourquoi “lugubre” ?” (10)

 

 

 

QUESTIONS :

1) Relevez les différences importantes entre la période de 1968 et la période actuelle. Classez les selon qu’elles sont plutôt économiques ou plutôt sociales (et culturelles). Associez chacune des ces évolutions aux documents suivants du manuel et analysez chaque document selon les règles habituelles. (Documents n° 25, 27, 28, 31, 33, 34, 36, 37 p.39 à 45).

2) Comment calcule-t-on précisément la croissance  économique ? (vous définirez les termes PIB, PNB et Valeur Ajoutée).

3) Quels sont les facteurs de production responsables de la croissance ? Analysez les documents n° 19, 21 et 24. Quelles conclusions en tirez vous ?

4) Recherchez dans un dictionnaire la définition précise de chaque catégorie de pays appartenant au tiers monde et donnez quelques exemples de pays. Pourquoi abandonne-t-on progressivement la catégorie“tiers monde” ?

5) Quelle différence fait- on entre enrichissement et qualité de la vie ? Entre niveau de vie et genre de vie ?

6) a) Comment définit on l’IDH ? (aidez vous de la pages 35)  b) Analysez les documents 16 et 18 p. 35

7) Quels sont les dangers liés à la croissance économique ?

8) Pourquoi est il particulièrement difficile de mettre des solutions en pratique ?

9) Expliquez, avec vos propres termes, ce qu’on peut appeler “croissance économique”, “développement”, “développement durable” puis comparez votre explication aux définitions données par les dictionnaires.

10) Pourquoi “Lugubre” ?

 

            Vous intégrerez vos réponses dans le plan suivant :

I) LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE.

A) LES GRANDS TRAITS DE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE

1) Définition (Qu. 2)

2) Mutations liées à la croissance (Qu.1)

B) L’évolution de la croissance et de ses facteurs. (Qu. 3)

C) Les grandes catégories de pays (Qu.4)

II) L’IDH

A) Objectif et construction de l’IDH (Qu 5, 6a)

B) Analyse de la situation mondiale à l’aide de l’IDH (Qu. 6b)

 

III) LES DÉGÂTS DE LA CROISSANCE

A) Les risques de la croissance (Qu. 7)

B) Les solutions (Qu.8)

 

IV) CROISSANCE, DÉVELOPPEMENT, DÉVELOPPEMENT DURABLE (Qu.9)

 

 

 

 

 

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