LE CHANGEMENT SOCIAL VU PAR ANTOINE D.

 

LE CHANGEMENT SOCIAL.

(niveau terminale)

 

            Antoine était d’un caractère nostalgique, aussi pensait il souvent à sa vie passée et il était à chaque fois étonné de l’importance des changements qu’il avait connus et de la vitesse à laquelle ces changements avaient eu lieu.

            Tout avait semblé basculer quand il avait 17 ou 18 ans, autour de 1965. Bien sûr, l’adolescence est, pour toutes les générations, un moment crucial (« effet d’âge » diront les sociologues ; cependant les ethnologues et les historiens diraient que l’adolescence n’a pas existé partout ni en tout temps) ; cependant, il est manifeste que le milieu des années 60 a constitué une période historique comme on n’en a peut être jamais connue : les adolescents commençaient à prendre une certaine autonomie à l’égard de la génération précédente (les « croulants ») ce qui se traduisait par de longues et virulentes discussions sur la sexualité avant le mariage, la pilule, le travail et la conception du bonheur,… De manière plus indirecte, cela passait par les conflits sur la musique écoutée. La musique, c’est ce qui concernait le plus sa génération : grâce au Teppaz et au poste transistor, elle devenait un objet de consommation quasi-privé et si les parents acceptaient en général Françoise Hardy et les sages Beatles, ils comprenaient moins l’attrait des jeunes pour d’autres groupes musicaux.

            L’autre trait frappant de la jeunesse de son époque c’est son caractère de masse. Ce sont d’abord les « classes pleines » du Baby-Boom mais c’est aussi le début des « Grands rassemblements » : 500 000 jeunes, place de la Nation en 1963, pour écouter, à l’initiative d’une radio nouvellement créée (Europe 1), les vedettes de la chanson de l’époque. C’est aussi les scènes d’hystérie sans précédent à chaque concert des Beatles. C’est bien sûr Mai 68, Woodstock, les hippies et le mythe du « retour à la terre », le conflit du Larzac,…Tout cela lui revenait en mémoire de manière évidente tellement ces évènements étaient frappants.

            L’autre trait essentiel de cette période était le changement, assez brusque finalement, du  statut de la femme. Au début des années 60, les femmes qui travaillaient étaient loin d’être majoritaires. Puis un mouvement d’émancipation multiforme se développa : les femmes sont plus nombreuses à travailler, suivent des études plus longues.

            Antoine se rappelait également de la mode des minijupes, phénomène faussement anecdotique car cette mode traduisait à la fois le changement de statut des femmes – surtout celui des jeunes filles vis-à-vis de leur mère – mais aussi un rapport nouveau au corps et à la sexualité.

            La sexualité fut toujours la grande occupation des adolescents, mais peut être plus encore pour ceux de cette génération que les précédentes. Les évènements qui parsemèrent les années 60-70 – autorisation de la pilule contraceptive (1967), dépénalisation de l’IVG (1975), succès de l’érotisme (et des films pornographiques), tout cela traduisait le développement d’une autre relation au corps, à la sexualité et à l’idée qu’on se faisait du bonheur ; mais cela cachait aussi une révolution essentielle qui fut celle de la déconnexion entre la sexualité, la reproduction et le mariage : alors que pour les générations précédentes il n’y avait pratiquement qu’un seul cheminement possible « mariage, sexualité puis naissance des enfants », on va voir se développer d’autres cheminements possibles – sexualité reconnue en dehors du mariage (cohabitation), naissances hors-mariage, ou à l’inverse, arrivée du premier enfant des années après le mariage,... Il est vrai qu’aujourd’hui, on semble atteindre une étape nouvelle avec des possibilités de procréation sans sexualité,… Pour donner une idée de la rapidité des changements dans ce domaine, Antoine aimait rappeler ce reportage télévisé de la fin des années 50 où le célèbre Léon Zitrone interrogeait un « père méritant » de famille nombreuse (quatorze enfants) et lui demandait s’il souhaitait avoir d’autres enfants où s’arrêter là. La réponse du père de famille fut : « J’aimerais bien m’arrêter là, si Dieu le veut bien ; mais on n’y peut pas grand chose ». Fatalisme et incapacité à aller à l’encontre de Dieu ou de la Nature, cela traduit en bonne partie ce qu’ont pu être les années 50.

            Antoine aurait pu rester des heures à expliquer tout ce qui avait changé depuis son enfance : le développement des communications (de la radio à Internet), le déclin de la religion (l’obligation d’aller à la messe le Dimanche avait heureusement disparu), la remise en cause de l’Armée, la disparition du costume ouvrier (le « bleu ») dans les rues,…

            Il pouvait aussi passer des soirées à essayer de trouver un « sens » (une signification) à toutes ces évolutions et à en chercher des causes.

Trouver un sens : tantôt il s’extasiait devant les progrès de la liberté et de l’égalité que sa génération avait connus, tantôt il s’indignait du manque de solidarité de ses concitoyens (ou de ce qu’il percevait comme un  manque de solidarité) ; à d’autres occasions, il constatait que la plus grande liberté actuelle se payait par une plus grande complexité de la société et par la difficulté qu’il y a à choisir et à être responsable de ses choix (aujourd’hui, il serait difficile de tenir les propos de notre père de famille nombreuse) ; ou bien il s’inquiétait des évolutions économiques et des transformations des conditions de travail.

Chercher une cause : était ce du au progrès technique, à la mondialisation, à la « perte de valeurs »,… ? Toutes réponses qui semblaient  pertinentes à certains moments et dépassées à d’autres. Bref, il faisait (avec moins de moyens) un travail de sociologue et analysait rien moins que le « changement social ».

 

            Bien sûr, Antoine faisait son analyse sauvage à partir de ses seuls souvenirs. La mémoire individuelle est un outil essentiel mais il est évident que la société n’avait pas attendu 1965 et Antoine pour se transformer. Pour bien comprendre les transformations actuelles, il faudrait remonter au 19ème siècle – à la révolution industrielle, à l’essor de l’urbanisation, à la révolution de 1789,…Il faudrait également analyser correctement le sens  de ces transformations grâce à une meilleure compréhension de ce qu’on appelle l’individu ou la raison, par exemple. La mémoire n’est donc pas suffisante, des disciplines scolaires et universitaires sont également essentielles.

 

Questions :

1) Quelles sont les caractéristiques essentielles du changement social ?

2) Faites une définition du changement social (faites la par vous-même et, ensuite seulement, cherchez une définition dans un dictionnaire).

3) Quelles différences y a-t-il entre la « croissance économique », « le développement économique » et le « changement social » ?

4) Quelles sont les disciplines scolaires que l’on doit mobiliser pour analyser le changement social ?

 


 

 

Commentaires (1)

1. Rosine 17/06/2014

qu'est e qu'un changement social total

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