LE CONTE POPULAIRE FRANÇAIS M. SIMONSEN - P.U.F. - 199

La place du conte populaire dans le folklore verbal.

Le « conte populaire » est, pour le folkloriste, « un récit en prose d’évènements fictifs transmis oralement » ce qui, dans le cadre du « folklore verbal », le distingue des sagas des mythes et des légendes.

 

NON RECITS

 

 

RECITS

 

Chants

 

 

Proverbes

 

 

 

Formules

 

 

 

Comptines, devinettes, jeux

 

Proses

Vers

 

 

 

Fictifs

Contes populaires

Non fictifs

Epopées

Ballades

Contes populaires : contes merveilleux, contes réalistes, contes facétieux, contes d’animaux, randonnées

Contes non fictifs : biographies, anecdotes, légendes, mythes.

Le travail sur les contes date des frères Grimm qui, sous l’influence de Herder, cherchaient à retrouver le « génie du peuple» en collectant les contes qui se transmettent oralement (à l’aide de douze informateurs) mais ils ne s’intéressent  qu’au récit lui-même en se désintéressant des conteurs et de leur pratique (oubli  qui perdurera).

En France, la collecte des Contes se fera surtout de 18740 à 1921 avec le travail de folkloristes (Luzel, Sebillot,…) et l’apparition de revues spécialisées[1]. La particularité des contes français est qu’ils sont moins étranges et plus rationnels que ceux des autres pays.

            A l’étranger, une date phare est celle de 1928 quand apparait le « types of folktale » de Aarne et Thompson qui répertorie l’ensemble des contes. L’équivalent français apparaitra après-guerre avec le catalogue Teneze-Delarue.

Aujourd’hui, on met plus l’accent sur le conteur, la pratique du contage et le contexte social de sa diffusion.

 

La question de l’origine des contes

Ce qui frappe de prime abord c’est la très forte ressemblance de contes relevés un peu partout dans le monde ; diverses théories ont donc été développées pour expliquer l’origine des contes.

Pour Max Müller, les contes seraient les reflets dégradés de mythes solaires indo-européens. Entre 1859 et 1885, c’est la théorie indianiste, aujourd’hui abandonnée, qui domine, théorie dans laquelle on considère que tous les contes viennent d’Inde.

Pour Andrew Lang le conte est une survivance du culte des animaux et de la magie ; les contes seraient antérieurs aux mythes (alors que pour Muller le conte provient du mythe).

Van Gennep pense également que l’évolution s’est faite à partir de mythes et des légendes pour aller vers les contes.

Pour Paul Saintyves, les personnages des contes sont des souvenirs de personnages cérémoniels de divers rites.

Pour Vladimir Propp, le conte consiste une superstructure reflétant l’infrastructure économico-sociale. Les contes merveilleux garderaient le souvenir des rituels primitifs des sociétés de cueillette mais ils sont nés plus tard dans les sociétés agricoles,

 

La diffusion des contes.

Les folkloristes ont essayé de comprendre la diffusion de ces contes à travers le monde ; pour cela ils retiennent les notions d’archétype et de type. Autrefois, l’archétype était censé être une version originelle du conte et l’école finnoise (Aarne et Thompson) s’appuyait sur l’idée de monogénèse des  contes ; aujourd’hui, les folkloristes ont renoncé à l’ambition de trouver l’origine des contes mais ils conservent les outils légués par l’école finnoise et considèrent que l’archétype est un modèle construit par le folkloriste.

A la suite des frères Grimm et de l’école finnoise, ont eu tendance à voir le peuple comme une forme indifférenciée et à délaisser le rôle du conteur ainsi que la pratique sociale du contage. En France, c’est à partir d 1964 qu’on a commencé à s’intéresser au contage lui même.

Les contes se transmettent selon un système à trois paramètres - le cadre des réunions (lieu, saisons, occasions,…) ; la sélection des participants ; le répertoire de contes – et le contage se fait dans trois milieux – les communautés de travailleurs itinérants, les séjours temporaires forcés et les communautés de travail ou de loisirs au sein du village.

Il faut alors comprendre le travail de transmission mais aussi d’innovation du conteur.

 

Analyse morphologique des contes.

Le travail de Vladimir Propp en est un des exemples les plus connus. A partir de l’analyse de cent contes merveilleux, il met e évidence un schéma central en trois séquences – la phase préparatoire, la séquence d’apparition d’un méfiant ou d’un manque et la deuxième séquence où il y a réparation de ce manque. Le conte met en scène l’action de sept types de protagoniste ayant chacun sa fonction : l’agresseur, le donateur, l’auxiliaire, le personnage recherché, le mandateur, le héros et le faux héros.

            Dundes appliquera la méthode de Propp aux contes amérindiens. Il dégage trois types principaux de séquences comprenant quatre « motifèmes » (fonctions) chacun :

Séquence 1 : manque/interdiction/transgression/suppression du manque

Séquence 2 : manque/assignation de tâche/tâche accomplie/suppression du manque

Séquence 3 : manque/manœuvre de tromperie/ victime dupée/ suppression du manque

            Les schémas 1 et 2 sont les plus répandus parmi les indiens d’Amérique du Nord.

 

Claude Brémond élabore un « modèle déductif » des contes à partir d’une « matrice initiale » de trois séquences « Dégradation-amélioration/ Mérite-récompense / Démérite – châtiment ».

Greimas élabore un modèle à six paramètres : destinateur, objet, destinataire, adjuvant, sujet, opposant.

 

L’interprétation psychanalytique des contes populaires.

Pour Freud, les contes populaires sont le résultat de la confrontation d’instances psychiques dont l’universalité est reconnue. Les principaux fantasmes mis en scène dans les contes populaires sont le retour au sein maternel, la destruction du corps maternel, le sevrage, la naissance, la scène primitive, le roman familial, la séduction.

Pour Otto Rank le conte relate le désir de se débarrasser d’un père décevant.

Pour Carl Jung, les archétypes sont structurants du psychisme humain. Il retient six archétypes : la persona (masque social), l’ombre (double négatif de la persona), l’anima (image inconsciente qu’un homme a de la féminité), l’animus (équivalent de l’anima pour les femmes), le vieux singe (sciences et sagesse), la grande mère (fertilité et maternité).

Pour Bruno Bettelheim, le conte est une réponse imaginaire à un conflit réel et le dénouement du conte représente la solution parfaite aux angoisses de l’enfant.

L’auteur rappelle également ls travaux de Geza Roheim et M.L. Franz.

 

L’analyse sémantique des contes populaires.

L’analyse sémique de Greimas est fondée sur le « carré sémitique » composé de quatre « sèmes » (ou unités élémentaires de signification) ; les sèmes peuvent être regroupées en thèmes regroupés eux-mêmes en thèmes généraux. Greimas retient trois  niveaux de récits : le niveau sémantique, narratif et stylistique. Pour lui, l’ensemble des contes merveilleux est fondé sur une série d’oppositions : contrat social/rupture du contrat ; valeurs collectives/aliénation ; absence de liberté individuelle.

Au début du récit, le monde est en état d’équilibre mais avec un manque. L’acte de liberté va entrainer une rupture du contrat. A la fin du récit, la mise en ouvre de sa liberté individuelle par le héros va résoudre cette contradiction en transformant les rapports entre les couples du concept.

Pour Holbek, le conte est un langage qui fonctionne à l’aide trois outils : un modèle paradigmatique fondé sur trois oppositions (jeunes/vieux ; hommes/femmes ; humbles/puissant) ; un modèle syntagmatique qui repose sur cinq séquences de récits (soumission du jeune aux parents/autonomie du jeune/ rencontre amoureuse secrète/ conflit social/retour du héros) ; enfin, un jeu de règles de transformations.

 

Conte populaire et idéologie.

Le conte reflète une vision spécifique du monde. En général, il s’ait d’un monde sombre où la charité commence par soi même et où le moindre service rendu engage. Le conte est rarement révolutionnaire car son dénouement se contente en général d’inverser les positions sociales.

Le conte avait cependant une fonction émancipatrice dans les populations rurales du 18ème siècle mais, par la suite, ils furent manipulés par les pédagogues au seul bénéfice des enfants de la bourgeoisie.

 

 

 



[1] Les contes de Charles Perrault qui sont des réécritures de contes à l’intention de la cour ne peuvent pas être considérés comme contes populaires.

 

 

Commentaires (1)

1. Mohamadou Fadra Sylla 07/06/2012

Merci enormement. J'ai trouve cette page tres interessante! Je m'interesse a l'intertextulaite du conte Cendrillon/Cinderrela. Merci de partager si vous avez des infos.

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