MONNAIE ET LIEN SOCIAL CHEZ SIMMEL

                        LA MONNAIE COMME LIEN SOCIAL : ETUDE DE LA PHILOSOPHIE DE L'ARGENT CHEZ GEORG SIMMEL (André Orléan).

 

1) Le trait caractéristique des sociétés occidentales est le développement de l'individualisme, substituant le calcul froid et rationnel aux liens émotifs. Pour de nombreux auteurs cela remet en cause la stabilité de la cohésion sociale car l'unité du tout suppose un fort investissement affectif qui ne peut pas être donné par le seul calcul rationnel de l'individu. Pour les approches individualistes un seul principe est capable d'expliquer la cohésion des sociétés c'est celui des utilités. Il faut alors "déconstruire" le système de croyances. Cette montée de la rationalisation a donné naissance au concept de désenchantement du monde (Weber); Pour Simmel ce mouvement est intimement lié à la montée de l'économie monétaire.

Le problème que pose Orlean est de voir comment on peut penser la monnaie en tant qu'institution. Son adoption est elle le résultat d'un calcul ou est elle fondée sur le sentiment d'appartenance à un groupe commun? Dans le 1er cas (thèse individualiste) un problème se pose car comme la monnaie est au fondement même de la possibilité de poser des calculs individuels, comment a t elle pu se soumettre à ses propres normes? Il y a là un problème de cohérence logique.

2) Nature de la monnaie chez Simmel.

a) L'expression autonomisée de la relation d'échange.

Simmel s'oppose à la conception de l'argent - marchandise, en effet l'aptitude à exprimer des rapports de valeur implique que l'argent devienne un pour symbole, indifférent à sa valeur propre. L'argent est donc une pure médiation sociale dont l'essence réside dans la cohésion du groupe.

L'argent est alors une "assignation" sur la société: posséder de l'argent c'est posséder un droit sur les marchandises de n'importe quel vendeur, c'est à dire sur la société.

b) argent, confiance et légitimité.

Pour Simmel, la possession de l'argent implique la communauté dans son ensemble et non tel ou tel vendeur en particulier. En ce sens l'argent n'est pas une forme de contrat. Comment alors soutenir une théorie individualiste de la genèse de l'argent? Le 1er obstacle consiste à se demander comment en acceptant de l'argent on peut être sûr qu'un autre acceptera? Cela, d'après Simmel, peut être le résultat d'anticipations provenant de la circulation quotidienne des échanges. Cependant cette explication est insuffisante : on est obligé d'avoir recours à l'idée de confiance; Ce qui fonde l'argent c'est l'intensité de ka confiance qui traverse la communauté. Mais l'existence de cette confiance participe à la déconnnection de l'argent avec l'ensemble des autres mouvements économiques; l'argent s'objective.

3) Détermination objective des choses et liberté subjective des individus.

Pour Simmel la liberté individuelle s'assimile à la dépersonnalisation des obligations. En ce sens, l'économie monétaire, en objectivant les relations d'échange accroît la liberté individuelle. L'économie monétaire est alors vue comme la dernière phase d'un processus où on a à la fois une émergence de la liberté individuelle et une objectivation du monde.

La genèse de l'objet et le désir qu'il suscite sont des phénomènes corrélatifs; l'argent va mener cette opposition objet/ sujet jusqu'à son plus haut point. Finalement le marché est bien un processus d'objectivation qui reformule les désirs dans le langage des prix.

On peut résumer la théorie de Simmel en disant que l'ordre monétaire est à l'articulation de trois sphères -la sphère monétaire, la sphère des marchandises, la sphère des sujets. Cette distinction entre les trois sphères apparaîtrait peu à peu au cours de l'Histoire.

4) La crise de l'objectivité des marchandises.

Les dysfonctionnements des économies marchandes peuvent s'interpréter, d'après Orlean, comme des retours à la situation d'indifférenciation.

- Normalement le désir de la marchandise est objectivé au travers des prix. Un individu n'a plus d'influence sur un autre si ce n'est par l'intermédiaire des prix et de la contrainte budgétaire. -Mais si le désir associé à une marchandise devient directement dépendant du désir des autres individus, alors il y a perte d'objectivité de la marchandise. Un cas extrême est celui des biens chez les maoris; un cas intermédiaire est celui des modes, d'incertitudes sur la qualité du bien (sélection adverse).

- Dans d'autres cas la marchandise prend plus de valeur qu'elle ne devrait en avoir en étant le symbole d'un sous groupe communautaire. Le prix n'est plus alors en mesure d'exprimer son objectivité (cas des biens de prestige).

5) Légitimité monétaire et thésaurisation.

Le problème central est celui de la reproduction de la légitimité monétaire. Mais le côtoiement de l'argent avec les marchandises finit par dégrader la valeur subjective de ces marchandises. Le point ultime de ce mouvement arrive quand l'argent est désiré pour lui même.

6) L'argent comme subordination des fins aux moyens.

L'argent a pour fonction de pouvoir comparer des marchandises différentes. Il s'ensuit une dépréciation de la spécificité des objets et le seul absolu dans la société c'est la relativité dont l'argent est le représentant le plus clair. L'argent, parcequ'il exprime toutes choses sous l'angle des moyens privilégie le virtuel sur le déterminé et représente un mode de vie qui délaisse la finalité pour la rationalisation des moyens.

 

 

 

 

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